D'un scandale à l'autre, au bonheur des caricaturistes

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Introduction

Michèle Dagenais, Université de Montréal, 2007

Dès sa réélection en 1872, le gouvernement conservateur de John A. Macdonald (1815-1891) lance le projet de construction d'un chemin de fer transcontinental pour relier entre elles toutes les parties du Canada. Ce chemin de fer constitue la condition d'entrée de la Colombie-Britannique dans la Confédération. Macdonald accorde le lucratif contrat au Canadien Pacifique, qui prévoit une subvention de 30 000 000 dollars et 20 000 hectares de terre.

Or en avril 1873, le Parti libéral accuse le premier ministre d'avoir reçu 360 000 dollars de Hugh Allan (1860-1951), l'un des dirigeants du Canadien Pacifique, également armateur et financier, pour financer sa campagne électorale. Macdonald nie toute l'affaire. Coup de théâtre en juillet. Le Parti libéral publie dans les journaux ce télégramme de Macdonald à Allan : « Immédiat. Personnel. Ai besoin d'un autre 10 000. Sera la dernière fois que demande. Ne me laissez pas tomber. » Acculé au pied du mur, le premier ministre doit démissionner le 5 novembre 1873.

Toute l'histoire, baptisée « Scandale du Pacifique », atteste des nombreuses intrusions des milieux d'affaires dans la vie politique. Elle lancera la carrière de l'un des premiers grands caricaturistes canadiens, J. W. Bengough (1851-1923), qui profite du scandale pour créer l'hebdomadaire satirique Grip (1873-1894).

L'histoire va resurgir lors d'un autre scandale, celui des commandites. Plus de 100 ans après que le Parti conservateur eut été reconnu coupable de corruption, c'est au tour du Parti libéral du Canada d'être sur la sellette. Ce dernier, alors au pouvoir, est accusé d'avoir détourné des fonds publics à l'occasion d'une campagne promotionnelle. Lancé en 1997, le « programme des commandites » vise à accroître la visibilité du gouvernement canadien au Québec et à y consolider le sentiment d'appartenance nationale.

Des centaines de millions de dollars sont distribués par l'intermédiaire d'agences de publicité. Celles-ci en détournent une grosse partie pour la verser dans la caisse électorale du Parti libéral du Canada. La fraude, révélée lors d'une commission d'enquête en 2004-2005, implique des agences de publicité, des élus et des hauts fonctionnaires fédéraux. Le premier ministre Jean Chrétien (1934-) s'en sort indemne non sans avoir fait l'objet, comme Macdonald, de mordantes caricatures.

Ces deux exemples illustrent que des fraudes ont été commises par de hauts dirigeants du pays au nom de l'unité nationale. Prétendant répondre aux intérêts publics, leurs faits et gestes auront plutôt servi les intérêts privés de leur parti politique respectif. Ces deux cas attestent de la vulnérabilité des institutions politiques et du rôle crucial qu'a joué l'opinion publique, par l'intermédiaire des révélations publiées dans la presse et lors de commissions d'enquête.