Une fenêtre sur le monde : Les rivières du Nouveau-Brunswick
Introduction
Musée du Nouveau-Brunswick, 2003
Un sifflet à vapeur retentit tandis qu'avance en haletant un remorqueur qui tire un train de bois. Un voilier dérive paresseusement, alors que deux hommes dans un canot en écorce de bouleau plongent leurs pagaies dans l'eau. Avec un claquement rendu presque inaudible par le ronflement d'un bateau à moteur au loin, un pêcheur retire sa ligne de l'eau. Un saumon jaillit dans un grand éclaboussement. Sur la rive, un artiste immortalise la scène sur sa toile. En cette fin du XIXe siècle, la rivière Saint-Jean bourdonne d'activité.
Ce cours d'eau, les autochtones l'appellent Wolastoq, ou « belle rivière », et se nomment eux-mêmes Wolastoqiyik, ou « peuple de la belle rivière ». Ce sont les Européens qui lui donneront le nom de rivière Saint-Jean. À l'instar des rivières Miramichi, Restigouche, Petitcodiac, Kennebecasis, Oromocto et de nombreuses autres, ce magnifique cours d'eau a joué un rôle déterminant dans le développement du Nouveau-Brunswick.
Pendant des siècles, les rivières du Nouveau-Brunswick font office de voies publiques, en assurant la circulation des gens et des marchandises dans la région ainsi que les liaisons vers d'autres régions du globe. Les rivières et leurs affluents de même que les terres cultivées et les forêts fournissent nourriture, matériaux et produits médicinaux en abondance. Moyen de subsistance pour les uns, la pêche constitue une activité sportive pour les autres. Les billots sont transportés par flottage vers les scieries où ils sont traités, puis renvoyés en amont de la rivière ou autour du monde. Toutes les marchandises produites sur les fermes ou par les industries rurales aboutissent sur les docks ou sur les quais pour être expédiées.
Ces nombreuses voies navigables intérieures se conjuguent à une centaine de kilomètres de côtes pour offrir une véritable fenêtre sur le monde. Au XIXe siècle, des milliers d'immigrants écossais et irlandais arrivent au Nouveau-Brunswick et s'installent peu à peu dans les établissements situés le long des rivières. Parmi les immigrants se trouvent un grand nombre de professionnels et d'ouvriers qualifiés qui amènent avec eux des idées et des styles nouveaux. Les bateaux transportent des milliers de personnes à l'intérieur même du Nouveau-Brunswick, mais ils acheminent aussi diverses marchandises. En effet, les voyageurs maritimes rapportent de leurs périples lointains souvenirs, curiosités exotiques et autres cadeaux.
Avec l'évolution rapide de la technologie des transports durant le XXe siècle, le rôle commercial et social des rivières du Nouveau-Brunswick se modifie. Le chemin de fer, l'automobile, le camion et, enfin, l'avion transforment les réseaux de communication et de transport, abandonnant les voies d'eau à l'usage presque exclusif des plaisanciers, des sportifs et des artistes, des Wolastoqiyik et des Micmacs.










