Montréal 1885; une ville de contrastes
Durant l’année de l’épidémie à Montréal, le studio de William Notman prend plus de 3 000 photos. En les regardant, on croirait que cette tragédie n’a jamais eu lieu.Transcription
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Montréal, 1885. Au cours de l’année, des membres du conseil de ville prêtent leur image à William Notman pour la réalisation d’une photographie composite. L’un des premiers modèles est le nouveau maire, Honoré Beaugrand, qui a d’ailleurs un projet en tête. Il est déterminé à remettre de l’ordre dans sa ville.
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Les rues sont d’une saleté répugnante. La neige commence à fondre, et les ordures de 200 000 Montréalais refont surface. Déchets, carcasses et excréments d’animaux jonchent les rues.
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William Notman ne photographie jamais cet aspect de la ville. Sans doute parce qu’il n’y a pas d’acheteurs pour de telles images. En avril, une jeune Acadienne qui travaillait à l’hôpital Hôtel-Dieu meurt de la variole. L’hôpital renvoie ses patients et la maladie se propage chez les plus démunis, principalement dans les quartiers francophones de la ville.
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Plusieurs personnes sont malades à la suite d’un lot de mauvais vaccins. Plusieurs refusent donc de le recevoir. La ville suspend temporairement la campagne de vaccination. Le bilan est lourd : 3 000 personnes perdent la vie.
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Ceux qui viennent se faire photographier au studio de William Notman vivent sur une autre planète. Certains craignent que leurs beaux visages soient défigurés par la maladie, mais grâce au vaccin, ils sont immunisés.
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Ils vivent sur la montagne, à l’écart de la pauvreté et des taudis. À l’été 1885, pour échapper à la chaleur étouffante et à la variole, plusieurs partent en vacances sur les rives du fleuve Saint-Laurent, de La Malbaie à Tadoussac.
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La variole fait une victime inattendue chez les anglophones : Sir Francis Hincks, un ancien premier ministre du Canada et l’un des citoyens les plus influents de Montréal. Son décès montre bien que tout le monde est égal devant la maladie, et que ce n’est pas une question de race ou de langue. Plus personne ne se sent à l’abri.
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Le studio de la rue Bleury emploie maintenant 31 personnes. Le travail continue malgré l’épidémie, mais les affaires sont moins bonnes. Au mois d’août, le spectacle de Buffalo Bill, le Wild West Show, est à l’affiche à Montréal. Comme plusieurs célèbres visiteurs avant eux, les acteurs se rendent au studio de William Notman.
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Parmi eux se trouve un homme qui connaît déjà la variole. Tatanka Iyotake, ou Sitting Bull, a été témoin de ses ravages au sein de sa communauté. Il a accepté l’offre de Buffalo Bill et pour 50 dollars la semaine plus ses frais, il fait partie de la troupe.
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Dans son contrat, il est spécifié que Sitting Bull a le droit de vendre son portrait à ceux qui veulent garder un souvenir de l’homme qui a vaincu le général Custer. La mode de photographier les célébrités est lancée.
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Au cours de l’année de l’épidémie montréalaise, le studio de William Notman prend plus de 3 000 photos. En les regardant, on croirait que cette tragédie n’a jamais eu lieu.
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À la fin de l’année, le Club des castagnettes se rend au studio pour célébrer le nouvel opéra de Gilbert et Sullivan intitulé The Mikado. William Notman fera un composite en cet honneur.
Chanson
“The Mikado.” Gilbert and Sullivan.
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Au printemps suivant, il incombe à d’autres photographes d’illustrer les inondations qui dévastent la ville.


