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Les albums photographiques
Martha Langford, PhD.
La petite histoire de l'album photographique : 1860 – 1960
La photographie, datant d'il y a moins de deux cents ans, est une invention relativement moderne. L'album photographique est donc encore plus récent. Compilés dans les années 1830 et 1840, les premiers albums photographiques sont en fait des carnets de recherche – des livres de spécimens – dans lesquels les inventeurs conservent leurs expériences photographiques concluantes. Si certains contiennent parfois des photographies de la famille ou de la résidence familiale, ces albums demeurent dans des cercles sociaux et scientifiques restreints. Ailleurs, la photographie s'épanouit sous une forme tout à fait impropre aux albums. De 1839 au milieu des années 1850, le procédé photographique le plus populaire est celui du daguerréotype, qui consiste à créer une image photographique sur une surface réfléchissante. Objet à la fois unique et délicat, le daguerréotype est présenté dans son propre boîtier à charnières. Les albums photos apparaissent sur le marché lorsque les photographies deviennent des articles-souvenirs et des objets de collection répandus et abordables. En 1854, la carte de visite est brevetée à Paris par l'ingénieux A.A.E. Disdéri (1819-1899) et gagne rapidement la faveur populaire. William Notman (1826-1891), dont le premier studio de photographie a ouvert ses portes à Montréal en 1856, crée un véritable engouement pour cette nouvelle forme de photographie.
Une carte de visite est une petite photographie (une épreuve à l'albumine de 11,4 x 6,4 cm) montée individuellement sur un carton. Si son format a d'abord été conçu pour le portrait, on y trouve toutefois d'autres utilisations. Commandée en de multiples exemplaires, la carte de visite est un objet de consommation qui peut être offert en personne, laissé au domicile d'une connaissance pour annoncer sa visite prochaine, ou envoyé par la poste pour des raisons sentimentales. Lorsque les studios de photographie commencent à produire des cartes de visite des célébrités – membres de la royauté, politiciens, actrices – ces symboles de patriotisme et de prestige sont échangés avec la même ferveur que les cartes de baseball de l'ère moderne. D'où la nécessité des albums pour préserver et présenter ces collections privées bien spéciales. Les journaux locaux en font d'ailleurs la publicité. Les albums à cartes de visite vendus dans les magasins sont en fait des livres reliés dont les pages sont munies de pochettes permettant de maintenir les images bien en place, tout en offrant la possibilité de modifier la disposition des photos au fur et à mesure que des sous-catégories s'ajoutent à la collection. Tenir un album photos s'apparente à collectionner des timbres ou des autographes, passe-temps déjà fort populaires à cette époque.
Mais l'album commercial ne convient pas à tout le monde. Il existe alors un autre type de collectionneur, peut-être plus créatif, qui continue d'utiliser le spicilège pour conserver ses photographies qu'il découpe et agence avec des croquis, des gravures, des lettres, de la poésie, des fleurs séchées, des coupures de journaux et autres documents imprimés. En 1873, une rubrique destinée aux lectrices du Canadian Illustrated News propose plusieurs idées originales pour la présentation des cartes de visite et des photographies de format cabinet, dont des motifs inspirés de l'art héraldique ou des illustrations botaniques. Pour le lecteur imaginatif, ce genre d'album permet de laisser libre cours à la créativité personnelle, combinant deux types de livres populaires au début du dix-neuvième siècle, soit le carnet de croquis (images) et le livre de raison (poèmes et prières).
Mais qu'elle qu'en soit l'origine ou l'inspiration, l'album photographique trouve rapidement sa place dans les salons des maisons cossues, et sa couverture devient de plus en plus élaborée. Du sobre volume relié en cuir, l'album devient un objet décoratif : doré, ouvragé, incrusté de nacre et parfois abondamment décoré de motifs en trois dimensions. À la fois moderne et conservateur, l'album photographique remplit une fonction d'aide-mémoire pour la narration des histoires personnelles ou collectives.
L'album photographique évolue en fonction de la technologie. Les studios de photographie ont d'abord commencé par produire des photographies sur carton plus grandes que les cartes de visite. Avec l'arrivée de ces photographies de format cabinet (15,9 x 10,8 cm) dans les années 1860, des albums commerciaux munis de pochettes pour des images des deux dimensions apparaissent sur le marché. Puis, avec la popularité croissante de la photographie de plus grandes dimensions, on trouve également en magasin des albums conçus uniquement pour des photographies de format cabinet. Les studios de photographie spécialisés dans les photographies de paysage et les vues urbaines produisent aussi des albums pour les clients qui ont la possibilité de choisir une épreuve individuelle ou de demander au studio d'assembler pour eux un album thématique. Plus modestes, mais tout aussi intéressants, il y a les albums contenant des cartes postales de scènes panoramiques et, avec la pratique de plus en plus courante de la photographie amateur, des albums regroupant à la fois des épreuves achetées et des instantanés.
À l'origine, le terme « instantané » désignait toute photographie prise rapidement. Mais avec l'apparition, à la fin du dix-neuvième siècle, des appareils à film en rouleau – le célèbre appareil Kodak en 1888, suivi de l'immensément populaire Brownie en février 1900 – la photographie instantanée en vient à être associée aux photographes amateurs, surtout ceux qui privilégient les scènes de la vie privée. L'album relié ne convient donc plus aux piles de photos de plus en plus hautes de cette génération. Avec sa couverture en cuir souple et son fermoir constitué d'un simple cordon, l'album extensible offre une élégante solution. On peut y ajouter ou y enlever des pages à volonté, et les coins adhésifs permettent de maintenir en place les instantanés à bordure blanche sans les endommager. Ce genre d'album convient au caractère moins cérémonieux de l'instantané et du photographe amateur. La photographie et les albums s'adaptent à la production mécanisée et au rythme de vie plus rapide. Par ailleurs, sortir du cadre d'un studio de photographie encourage la spontanéité et l'expérimentation. L'instantané permet de saisir les différentes facettes de la vie privée, et cette activité se poursuivra sous diverses formes photographiques. Des variantes de l'album extensible resteront populaires pendant plus d'un siècle. De nos jours, plusieurs personnes conservent leurs photos dans des reliures à feuilles de plastique qui rappellent le système modulaire élaboré pour les cartes de visite. Les albums de découpures et les coins adhésifs en plastique connaissent une nouvelle popularité, alors que la révolution numérique nous offre maintenant des logiciels d'albums photos pour nous aider à gérer et à partager nos photographies.
Cette petite histoire de l'album fait ressortir certaines caractéristiques de l'expérience photographique, la première étant que la technologie de la photographie en général, et l'album en particulier, ont permis aux gens de profiter de leurs collections de photographies en les organisant par groupes et par séries. En retour, ces agencements servent différents buts : les albums – collections, mémoires ou carnets de voyage – nous amènent à explorer les passe-temps et le vécu des gens qui les ont compilés.
Les albums de famille remplissent les mêmes fonctions, tout en s'attardant davantage à définir, illustrer et célébrer la cellule sociale et affective que constitue « la famille ». Si l'album familial appartient à la famille, dont il rassemble les membres dans une narration collective, il ne faut pas oublier qu'il a d'abord été compilé par quelqu'un. L'album de famille est une fenêtre ouverte sur la vie familiale par le compilateur, qu'il s'agisse de la mère, du père, d'une tante ou d'un frère. Que l'identité de cette personne soit révélée ou dissimulée dans les replis de la vie familiale, nous sommes toujours conscients de sa présence vitale.







