Musée McCord d'histoire canadienne
Le studio photographique de WIlliam Notman

Logo: le studio photographique de William NotmanLogo : Musée Virtuel du Canada
Ressources

PDF Texte intégral  [213 ko]

Les photographies composites

Stanley G. Triggs

Introduction

L'hiver 1878, le studio de William Notman, situé au sud de la rue Bleury, bourdonne d'une activité inhabituelle. Un flot incessant de citoyens connus ne cesse d'y entrer et d'en sortir depuis plusieurs semaines. Les uns arrivent en traîneaux élégants, tirés par des chevaux appariés, attelages impeccables, les autres en traîneaux loués, menés par des conducteurs robustes emmitouflés dans des manteaux de bisons. D'autres encore profitent de l'occasion pour se promener d'un pas vif dans les rues enneigées de Montréal. Parmi les visiteurs, on reconnaît des notables tels que sir John A. Macdonald, premier ministre du Canada, et son épouse lady Agnes, lord Dufferin, gouverneur général du Canada, et lady Dufferin, sir Hugh Allan, fondateur des Allan Steamship Lines, sir Alexander Tilloch Galt, homme politique, diplomate et promoteur industriel, John Popham, avocat et commissaire pour l'Ontario, le Québec et les basses provinces, Matthew Hamilton Gault, président de l'Exchange Bank of Canada, le révérend Jacob Ellegood, chanoine de la cathédrale Christ Church et recteur de l'église St. James the Apostle, Alex McGibbon, influent commerçant montréalais, le lieutenant-colonel E.G.P. Littleton ou encore le capitaine Selby Smith. Tous répondent à l'invitation de William Notman qui souhaite les prendre en photo en vue d'une grande photographie composite représentant un match de curling. Une fois achevée, l'image, collage de 122 photographies individuelles sur un arrière-plan peint, doit partir pour l'Exposition internationale de Paris prévue l'été suivant.

Notman est au sommet de sa carrière. Son studio de Montréal, créé en 1856, a déjà été agrandi à deux reprises. En outre, Notman a ouvert des studios dans quatre autres villes canadiennes. L'année de la photographie composite de curling, il vient d'établir à Boston le premier d'une série de studios qui verront le jour en Nouvelle-Angleterre. Proposant un produit de grande qualité à un prix raisonnable, Notman s'est attiré la clientèle de nombreux Montréalais et des visiteurs canadiens ou étrangers se déplacent pour le voir. Dès le début de ses activités, il a une conscience très aiguë du pouvoir de la publicité. En 1860, lorsque le prince de Galles vient à Montréal inaugurer le pont Victoria, Notman lui offre un coffret de cinq cents photographies, cadeau royal qui lui vaut le titre de « photographe de la Reine ». Cette reconnaissance internationale est favorisée par sa participation à la plupart des expositions de calibre mondial, ainsi qu'à plusieurs événements, moins importants, en Europe, au Canada et aux États-Unis. Lors de l'exposition parisienne de 1878, quand les commissaires responsables de la production canadienne prient Notman de leur envoyer une oeuvre, celui-ci choisit une grande photographie composite illustrant à la fois la nation en plein essor et un aspect unique de la vie canadienne, le curling. Ayant déjà prévu de présenter à Paris une image composite du Montreal Snow Shoe Club1, Notman n'aurait pu faire un choix plus heureux. En effet, quoi de plus représentatif de la nation que cette scène d'un sport d'hiver populaire, pratiqué sur un fleuve Saint-Laurent historique, ayant pour acteurs et spectateurs les citoyens les plus en vue, avec en toile de fond la métropole lointaine et le mont Royal!

Toutefois, il ne s'agit pas là des premières photographies composites de Notman……



1Hugh W. Becket, The Montreal Snow Shoe Club, Montréal, Becket Bros., 1882, p. 385.