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Des portraits évocateurs de l'un des premiers photographes sino-canadiens

Montréal, le jeudi 19 août 2004 — L'exposition Le premier fils — portraits de C.D. Hoy, qui sera inaugurée le 26 août prochain au Musée McCord, présente 81 portraits en noir et blanc du photographe sino-canadien, Chow Dong Hoy. Produite par la Presentation House Gallery de Vancouver, Le premier fils propose aux visiteurs un regard unique sur la vie du début du XXe siècle dans la région intérieure de la Colombie-Britannique.

Organisée par Faith Moosang, Le premier fils célèbre l'indomptable volonté et l'esprit d'aventure d'un homme. Décidé à soulager la pauvreté et la souffrance de sa famille toujours en Chine, Chow Dong Hoy n'est qu'un adolescent lorsqu'il arrive en Colombie-Britannique en 1902. Après avoir exercé divers métiers — employé de maison, cuisinier, arpenteur, mineur et barbier, C.D. Hoy adopte la photographie. Il fait d'abord des photos de travailleurs chinois que ces derniers envoient comme souvenirs à leurs familles en Chine. Sa réputation grandissant, il entreprend de photographier les Carriers et les Chilcotins, peuples autochtones de la région, ainsi que les habitants de la région d'origine européenne.

Madame Victoria Dickenson, directrice générale du Musée McCord, est « ravie de présenter cette excellente exposition qui s'avère un complément naturel à la vaste collection de portraits photographiques du Musée. De plus, l'exposition pose un regard unique sur une autre région du Canada. » Selon Monsieur Vincent Lavoie, conservateur de recherche en photographie au Musée McCord, « plus que le portrait d'une collectivité, C.D. Hoy montre combien la photographie est fédératrice de communautés. »

C.D. Hoy, qui a réalisé plus de 1500 photographies de 1909 à 1920, a ainsi créé de précieuses archives de la riche diversité culturelle du district de Cariboo. En illustrant la pérennité des peuples autochtones de la région et la dignité et la fierté des travailleurs chinois et des autres habitants, C.D. Hoy nous a laissé un témoignage émouvant d'un monde à jamais disparu.

Organisée par Faith Moosang, l'exposition Le premier fils — portraits de C.D. Hoy, est produite et mise en tournée par la Presentation House Gallery de Vancouver. Elle sera présentée au Musée McCord du 26 août 2004 au 1er mai 2005.

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Source et renseignements :

Nike Langevin
(514) 398-7100, poste 251

FAITS SAILLANTS SUR L'EXPOSITION

Notice biographique de C.D. Hoy

Sa jeunesse

Chow Dong Hoy est né dans la province chinoise du Guangdong en 1883 — deuxième enfant et premier fils d'une famille extrêmement pauvre. Malgré son maigre revenu, la famille accorde beaucoup de valeur à l'éducation et envoie C.D. Hoy à l'école à l'âge de huit ans. Toutefois, trois ans plus tard, la famille constate qu'elle n'a plus les moyens de payer son éducation. Comme fils premier né, il doit maintenant travailler pour aider à soutenir la famille.

C.D. Hoy trouve son premier emploi dans une fumerie d'opium, puis il fait un apprentissage de trois ans dans une manufacture de coton et de soie à 650 kilomètres de chez lui où il gagne deux dollars par an avec pension. Puisque la Chine n'offre aucun vrai débouché et qu'on peut faire fortune au Canada selon les rumeurs, il est décidé que C.D. Hoy tentera sa chance à l'étranger. Son père emprunte 300 $ et, vers la fin de 1902, C.D. Hoy s'embarque pour le Canada à bord de l'Empress of China.

Contrairement à la plupart des immigrants chinois, C.D. Hoy arrive au Canada sans perspectives d'emploi ou de parents pour lui ouvrir la voie. Heureusement, un marchand de son village natal l'invite à rester chez lui. Avec l'argent qui lui reste, C.D. Hoy paie la taxe d'entrée de 100 $ exigée de tous les immigrants chinois et s'installe à Vancouver où le marchand lui trouve du travail comme employé de maison de deux

Comprenant l'importance d'apprendre l'anglais, C.D. Hoy utilise son salaire mensuel de cinq dollars pour recruter les services d'un précepteur. En 1903, maintenant plus à l'aise dans sa nouvelle patrie, C.D. Hoy emprunte 20 $ d'un ami et part pour le champ aurifère du district de Cariboo. Lorsqu'il arrive à la ville de Quesnel, il est presque de nouveau sans le sou, mais il trouve rapidement du travail comme laveur de vaisselle à l'hôtel où il gagne 15 $ par mois avec pension. Pour la première fois, il peut économiser et, plus important encore, il peut envoyer de l'argent à sa famille en Chine.

Après un an et demi à Quesnel, C.D. Hoy s'installe à 650 kilomètres plus au nord à Fort St. James où il travaille comme cuisinier de camp pour la Compagnie de la Baie d'Hudson au salaire mensuel de 30 $. Ayant décidé de se lancer en affaires, il apprend les rudiments du dialecte des Carriers du Centre (un groupe autochtone) et il lance son propre commerce. Après cette entreprise, il ira travailler comme trieur-fendeur, cuisinier et arpenteur pour le Grand Trunk Pacific Railway. C'est durant cette période, probablement en 1907, qu'il apprend le décès de son père bien-aimé. Que son père n'ait pas vécu pour voir son succès ultérieur sera l'un de ses grands regrets.

C.D. Hoy, le photographe

En 1909, C.D. Hoy se trouve à Barkerville, une ville d'exploitation aurifère où, malgré la fin de la ruée vers l'or, il est toujours possible d'en trouver. Malheureusement, l'or est gelé dans le sol jusqu'au mois de mai et le travail se fait rare avant le dégel du printemps. Pour arrondir ses fins de mois, C.D. Hoy répare bientôt des montres et se fait barbier. C'est à cette époque qu'il achète un appareil photo et qu'il étudie la photographie. Rapidement, il prend des photos pour les travailleurs chinois locaux qui les envoient à leurs familles en Chine.

Personne ne sait vraiment quel type d'appareil photo C.D. Hoy utilisait pour son travail. Si l'appareil photo pliant modèle A de Kodak est sans doute le plus susceptible de lui avoir appartenu, on trouve aussi dans ses archives des négatifs de grandeurs et de genres divers, y compris quelques plaques de verre. À l'époque, un ouvrier chinois moyen pouvait difficilement s'acheter l'un ou l'autre des appareils photo sur le marché et on ne sait comment C.D. Hoy a pu s'offrir l'équipement dont il s'est servi.

Ses documents photographiques sont remarquables. Contrairement aux photographes qui cherchent à idéaliser les groupes autochtones ou les anthropologues qui documentent les « types » ethniques, C.D. Hoy rend simplement service à toute personne qui désire se faire photographier. Si la majorité de ses premiers clients sont des travailleurs chinois, il photographie bientôt les Carriers et les Chilcotins du pays (groupes autochtones) ainsi que les habitants d'origine européenne de la région.

Vers la fin de 1909, C.D. Hoy retourne à Quesnel où il travaille à l'hôtel Cariboo jusqu'au mois de février 1910. À cette date, il a économisé les 2 000 $ dont il a besoin pour se rendre en Chine afin d'épouser Lim Foon Hai, la femme que lui a choisie sa mère. Malheureusement, il n'a pas les moyens de payer le voyage de sa nouvelle épouse au Canada et ils devront attendre six longues années avant d'être réunis.

De retour seul en Colombie-Britannique en 1911, C.D. Hoy travaille comme ouvrier agricole et cuisinier près de Quesnel. En 1912, il retourne à la ville et occupe plusieurs emplois jusqu'à la fin de l'année, moment où il achète la maison en rondins, la grange et les dépendances d'un propriétaire de ranch chinois qui retourne au pays natal. C.D. Hoy devient alors marchand, ainsi que le premier photographe professionnel de la ville. Ses affaires l'amènent fréquemment à Barkerville où il continue à photographier les groupes autochtones de la région, les Chinois et les autres habitants, notamment les mineurs, les fermiers, les propriétaires de ranchs, les travailleurs et leurs familles. Toutefois, il travaille surtout à sa mercerie de Quesnel où il réalise plus de 1500 photographies de 1911 à 1920.

En 1917, il se rend en Chine pour enfin revenir avec son épouse au Canada. Ils élèveront 12 enfants, dont les neuf premiers sont des filles. Les familles nombreuses sont courantes à l'époque, particulièrement chez les fermiers qui ont besoin de bras supplémentaires, et toutes ses filles seront connues pour leur force, leur indépendance et leur belle allure.

Son magasin familial devient alors un lieu de rencontre populaire. Toujours conscient des gentillesses qu'on lui avait faites dans son nouveau pays, C.D. Hoy fait crédit à toute personne dans le besoin. Il agrandit les édifices achetés en 1912 et, en 1934, la maison familiale devient la première maison en stuc de Quesnel. Cette maison existe toujours et on la reconnaît par le nom Hoy tracé par des pierres de marbre blanc dans le trottoir. Ses autres affaires prennent aussi de l'essor au fil des ans et elles comprennent la Wells Light and Power Company et le Lode Theatre de Wells. C.D. Hoy demeurera l'un des principaux marchands d'or de Quesnel jusqu'à sa mort en 1973.

Originaire d'une famille chinoise extrêmement pauvre, C.D. Hoy a tout de même réussi à mener une belle vie avec sa famille. Utilisant ses premiers gains pour apprendre l'anglais, il a saisi les possibilités qui se présentaient et il est devenu l'un des citoyens les plus prospères de sa ville. Mieux, comme l'un des rares praticiens de la photographie naissante en Colombie-Britannique, C.D. Hoy a su capter les gens ordinaires de toutes origines ethniques qui vivaient dans le rude intérieur de la province et nous laisser les précieuses archives d'un monde à jamais disparu.

Faith Moosang, Conservatrice de l'exposition

Artiste photographe et cinéaste, Faith Moosang est aussi l'auteure d'un livre et la conservatrice d'une exposition photographique sur Chow Dong Hoy, un pionnier chinois de la photographie en Colombie-Britannique. Le livre (en anglais seulement) et l'exposition portent le même nom, soit Le premier fils : Portraits de C.D. Hoy (First Son: Portraits by C.D. Hoy). Moosang et son livre ont remporté de nombreux prix. First Son: Portraits by C.D. Hoy a gagné le prestigieux prix de conception graphique Alcuin pour la meilleure conception graphique d'une publication canadienne en 1999 et s'est trouvé en nomination pour deux prix littéraires de C.-B. Le livre a également reçu le prix littéraire BC Millennium. Moosang a obtenu un prix d'excellence de l'Association des musées canadiens pour les trois ans de recherche qu'elle a consacrés au photographe et à ses images. Actuellement, Moosang prépare un documentaire d'une heure sur l'histoire des débuts de la photographie dans l'Ouest canadien.