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La santé au Québec dans la seconde moitié du 20e siècle

Par Mathieu Pigeon, sous la supervision de Dominique Marquis, directrice de stage, Université du Québec à Montréal


La médecine et les soins de santé ont évolué rapidement depuis le début du 20e siècle. Plusieurs découvertes majeures dans le domaine de la médecine ont permis de faire des progrès en matière d'hygiène, de connaissance scientifique et de technologie. Dans la seconde moitié du 20e siècle, plusieurs sociétés occidentales mettent en place un système de santé public et universel. Au Canada et au Québec, ces avancées permettront à la population de recevoir gratuitement des soins de santé et des services sociaux.


Un système privé

Avant les années 1960, même si la santé est de juridiction provinciale, l'État québécois est à peu près absent du domaine de la santé, qui est plutôt l'affaire du domaine privé. L'État ne s'occupe que des plus démunis, ce qui laisse la grande majorité des citoyens sans protection sociale. Les communautés religieuses occupent une place centrale dans le soin des malades et administrent la plupart des hôpitaux québécois. Les campagnes de sensibilisation et de vaccination sont souvent orchestrées par les municipalités. Dès le début du 20e siècle, ces dernières sont très préoccupées par les questions d'hygiène, surtout dans les vieux quartiers ouvriers où les services d'égouts et d'aqueduc sont déficients et où les logements sont souvent surpeuplés et insalubres. La création des Gouttes de lait, en 1911, programme qui offre des conseils aux mères et leur fournit du lait de bonne qualité pour leurs nourrissons, est un bon exemple de la volonté des autorités d'améliorer le bilan de santé de tous les citoyens. À la veille des années 1960, près de la moitié de la population québécoise n'a pas d'assurance médicale privée et ne peut se permettre un séjour médical prolongé ou une opération coûteuse.


Le Québec en meilleure santé

Malgré les faiblesses du système de santé québécois, les conditions sanitaires s'améliorent grandement au Québec après la Seconde Guerre mondiale (1939-1945). Ainsi, alors qu'en 1941, la tuberculose tue près de 81 personnes sur 1000, en 1961, les décès liés à cette maladie ne sont plus que de 7 sur 1000. Ces gains sur la maladie sont en partie dus aux progrès de la recherche médicale et à l'utilisation de nouvelles technologies. C'est à cette époque, par exemple, que l'utilisation d'antibiotiques est généralisée. Ces nouveautés exigent des médecins et des infirmières une formation plus poussée. La période de l'après-guerre est également celle où le Québec construit le plus d'hôpitaux. Leur nombre fait plus que doubler entre 1945 et 1960. À la fin de cette période, la médecine se pratique généralement à l'hôpital. L'un des meilleurs exemples de cette nouvelle situation est la médicalisation des naissances. Le nombre de femmes qui accouchent à l'hôpital connaît une progression fulgurante, passant de seulement 16 % en 1940 à plus de 98 % en 1965.


Un nouveau rôle pour l'État

Le système de santé québécois sera profondément transformé par les réformes de la Révolution tranquille, inspirées du concept de l'État-providence. L'État intervient davantage dans différents secteurs de la société, comme la santé et les services sociaux, afin de réduire les inégalités sociales. Dans le domaine de la santé, la commission Boucher sur l'assistance publique, mise sur pied par le gouvernement libéral de Jean Lesage (1912-1980), dépose son rapport en 1963 et recommande une intervention accrue de l'État dans le domaine de la santé.


Un système public

Le gouvernement libéral agit dès son arrivée au pouvoir en 1960. En 1961, le Québec adhère au programme fédéral d'assurance-hospitalisation, ce qui est un premier pas vers l'établissement d'un système de santé public. En 1966, le gouvernement fédéral poursuit les réformes et met en place un programme à frais partagés d'assurance-maladie.

Souhaitant assurer son autonomie dans le domaine de la santé, le gouvernement québécois n'adhère pas à ce nouveau programme. Il instaure plutôt, la même année, la commission Castonguay-Nepveu afin de connaître la situation de la santé et du bien-être social au Québec et, éventuellement, de mettre en place un programme d'assurance-maladie propre au Québec. Le rapport Castonguay-Nepveu propose un remaniement complet du système de santé québécois. Les commissaires recommandent l'établissement d'un système de santé global qui tienne compte des liens entre les conditions sociales et la santé. Leurs recommandations prônent l'établissement d'un système entièrement géré et financé par l'État, ainsi que l'universalité et la gratuité des soins et des services. En juillet 1970, la loi sur l'assurance maladie, déposée par le gouvernement libéral de Robert Bourassa (1933-1996), est adoptée. Ce programme, qui couvre l'ensemble de soins et des services, constitue le pilier du nouveau système de santé québécois. Ces réformes sont aussi axées sur l'amélioration des conditions sociales, l'accès gratuit aux soins et la prévention. Afin de réaliser ces objectifs, l'État québécois instaure plusieurs politiques sociales pendant les années 1970 et crée plusieurs organismes comme les centres locaux de services communautaires (CLSC) dans le but d'améliorer le réseau de la santé.


Les médecins

Le savoir des médecins est au coeur des progrès réalisés dans le domaine de la santé. Leur notoriété progresse tout au long du 20e siècle, alors que la population recourt moins aux charlatans et à la médecine non scientifique. Dès 1909, les futurs médecins reçoivent une formation spécifique d'une durée de cinq ans qui comprend l'étude des plus récentes découvertes scientifiques. Dans les années 1940, les nombreuses avancées en médecine poussent les médecins à se spécialiser. Depuis les années 1960 et l'implantation progressive d'un système de santé public, l'État encadre davantage la pratique de la médecine ainsi que la formation des médecins. Aujourd'hui, les médecins doivent suivre au moins six ans d'étude et ont accès à une formation continue.


Les infirmières

Si le travail des médecins est primordial, celui des infirmières n'est pas moins essentiel. Les premières infirmières francophones laïques arrivent sur le marché du travail vers les années 1940. Cependant, le personnel hospitalier demeure majoritairement religieux jusqu'au début des années 1960. Ce sont d'ailleurs les communautés religieuses qui dispensent la formation en soins infirmiers dans des écoles d'infirmières affiliées aux hôpitaux. Une autre option pour les francophones demeure l'Institut Marguerite-d'Youville, fondé en 1934, qui est dirigé par les Soeurs grises et qui offre une formation supérieure en soins infirmiers. Du côté anglophone, les universités offrent un cours en nursing depuis la première moitié du 20e siècle. Dans la foulée des réformes du système d'éducation québécois des années 1960, l'État prend en charge la formation des infirmières afin d'assurer des soins et des services de qualité partout au Québec. Le cours collégial en soins infirmiers remplace la formation reçue dans les écoles d'infirmières, tandis que l'Institut Marguerite-d'Youville est rattaché à l'Université de Montréal et offre un cours universitaire en soins infirmiers. Ces deux voies existent encore aujourd'hui.


La syndicalisation

Le climat politique et social de la Révolution tranquille est plus favorable envers les travailleurs québécois. Le réseau public de la santé devient l'employeur le plus important de la province et les personnes qui y travaillent, en se syndiquant massivement, réalisent des gains considérables. Les principaux syndicats québécois, comme la Centrale des syndicats nationaux (CSN), la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), sont très présents dans le réseau de la santé québécois. De plus, certains professionnels comme les médecins omnipraticiens ou les infirmières et infirmiers sont représentés par des associations ou des syndicats professionnels qui défendent les intérêts particuliers de leur groupe.


Conclusion

Depuis les années 1980, au Québec comme dans bon nombre de sociétés occidentales, les coûts liés au maintien d'un système de santé public ont explosé. Cette situation est en partie due au vieillissement de la population, à la surconsommation de soins de santé, aux coûts des médicaments et des nouveaux traitements, ainsi qu'au besoin continuel de moderniser les équipements. À la fin des années 1980, le gouvernement québécois amorce une réorganisation du système de santé, le « virage ambulatoire », afin de réduire les dépenses. Certains établissements de santé sont fermés ou regroupés, tandis que d'autres doivent s'acquitter de nouvelles tâches. Certaines compressions budgétaires affectent la qualité des services offerts aux citoyens dans le réseau de la santé. Malgré cela, la part du budget québécois accordée à la santé atteint 45 % et devrait continuer de grimper étant donné le vieillissement de la population. Afin de régler ce problème, l'une des solutions proposées est d'accorder une plus grande place au secteur privé dans le domaine de la santé. Cette option représente un choix de société important puisqu'elle remet en cause le principe des réformes des années 1960 et 1970, soit la gratuité du système de santé.


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site Web visité entre le 24 novembre et le 11 décembre 2008

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