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Nourrissons, nutrition et santé au 20e siècle à Montréal

Par Nathalie Lampron

Dès 1900, Montréal connaît une expansion rapide et les enfants sont de plus en plus nombreux dans les différents quartiers de la ville, particulièrement après la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 1930, la ville compte la plus grande part de la population urbaine du Québec. À la fin du 20e siècle, Montréal et ses banlieues regroupent la moitié de la population du Québec.

Mortalité infantile

Au début du 20e siècle, le taux de mortalité infantile à Montréal est supérieur à celui de toutes les grandes villes occidentales. En 1900 à Montréal, un enfant sur quatre meurt avant d'avoir un an. (En 1999, la mortalité infantile touche un enfant sur... 185 !) Cette mortalité frappe plus durement les quartiers pauvres où les enfants habitent dans des logements souvent malsains, mal aérés, surpeuplés, sombres. Plusieurs jeunes vivent ainsi le décès d'un petit frère, d'une petite sœur, ou même de plusieurs frères et sœurs.

Le lait contaminé et l'eau potable insalubre sont des causes importantes de mortalité, provoquant notamment des diarrhées mortelles chez les nouveau-nés. Il faut agir ! La Ville se dote d'une usine de filtration de l'eau en 1914. Les médecins-hygiénistes, de leur côté, se lancent dans des campagnes d'éducation auprès des mères, particulièrement dans les milieux défavorisés. Ils font la promotion de pratiques alimentaires sécuritaires pour le nourrisson.

Ces mesures portent fruit et le taux de mortalité infantile diminue sensiblement. À partir des années 1920, on valorise une approche médicale de la naissance et des soins à l'enfant, une tendance qui s'accentuera au cours du siècle. Après la Seconde Guerre mondiale, c'est un autre combat qui s'amorce, cette fois pour réduire le nombre trop élevé d'accouchements prématurés.

Lait et nourriture

La technologie d'aujourd'hui permet de conserver sans risque le lait et les aliments périssables. Ce n'était malheureusement pas le cas il y a cent ans : un nombre effarant de tout-petits sont en effet décédés après avoir bu du lait non pasteurisé, contaminé par des bactéries nocives, particulièrement l'été.

Les campagnes d'éducation menées auprès des mères pour réduire la mortalité infantile mettent l'accent sur l'allaitement maternel, le meilleur choix pour la santé de l'enfant. De nombreux décès sont en effet causés par les bactéries qui prolifèrent dans le lait non pasteurisé du début du 20e siècle, servi dans des biberons peu ou pas stérilisés.

En 1914, seulement le quart du lait consommé à Montréal est pasteurisé, c'est-à-dire chauffé à une température suffisante pour détruire les microbes dangereux qu'il contient. À cette époque, seuls les quartiers aisés de l'ouest de la ville en bénéficient. C'est en 1925 que la Ville rend cette opération obligatoire et mandate des inspecteurs pour voir au respect de ces normes.

Les Gouttes de lait, de véritables centres de puériculture, sont implantés dès 1910 dans plusieurs quartiers défavorisés de Montréal. Les mères y obtiennent pour leurs poupons du lait pur et gratuit ainsi qu'un suivi médical.

De plus, bien qu'on voit apparaître sur le marché des préparations de lait pour enfant faites d'un mélange de blé, de lait de vache et de malt dès 1867, ce n'est qu'à partir de 1915 avec le S.M.A. (Synthetic Milk Adapted) que ces formules se raffinent véritablement pour se rapprocher le plus fidèlement possible du lait maternel humain et ainsi mieux répondre aux besoins des poupons.

Jean St-Germain, un inventeur québécois, est à l'origine d'un changement révolutionnaire dans l'alimentation du nourrisson. En 1953, à l'âge de 16 ans, il invente le sac jetable pour biberon. Pré stérilisé, le sac s'affaisse et se contracte au fur et à mesure que tète le bébé, réduisant ainsi la quantité d'air avalé, souvent responsable des coliques. M. St-Germain compte plus de 130 inventions à son actif !

Côté nourriture, les enfants profitent des bienfaits d'une autre innovation canadienne remarquable : les céréales Pablum. Développées en 1931 par trois médecins de l'Hospital for Sick Children de Toronto, les docteurs Frederick Tisdall, Theodore Drake et Alan Brown, ces céréales contiennent les nutriments essentiels à la bonne croissance de l'enfant, soit des minéraux et les vitamines A, B1, B2, D et E. Ces céréales contribuent également à réduire l'incidence de rachitisme nutritionnel, une maladie grave fort répandue au début du siècle causant un ramollissement des os. En 1961, le Dr Charles Scriver, pionnier de la recherche à l'Hôpital de Montréal pour enfants, établit un lien entre le rachitisme et une carence en vitamine D. Cette découverte entraîne l'ajout systématique de vitamine D au lait en bouteille, ce qui permettra d'enrayer complètement le rachitisme chez les enfants canadiens.

Naître à Montréal

En 1900, la plupart des bébés naissent à la maison sous la surveillance d'une sage-femme ou d'un médecin. Au cours du siècle, les changements dans les pratiques médicales et les soins de santé rendent la naissance plus sûre et augmentent grandement les chances de survie de la mère et du bébé. Petit à petit, de plus en plus de femmes décident d'accoucher à l'hôpital, si bien que dans les années 1960, l'accouchement à la maison est devenu une rareté.

Les femmes ont aussi joué un rôle important dans les changements apportés aux méthodes d'accouchement. Stimulées par les recherches sur l'importance de créer le plus tôt possible un lien d'attachement entre le bébé et ses parents, et considérant avec scepticisme certaines procédures médicales, les femmes ont fait pression sur les médecins afin qu'ils réduisent leurs interventions techniques dans le cas d'une grossesse normale. Dans les années 1980, certains hôpitaux montréalais créent des chambres de naissance où les bébés viennent au monde dans un environnement semblable à celui de la maison. Une autre étape est franchie en 1994 avec l'inauguration de la première maison de naissance, où des sages-femmes veillent à nouveau sur la venue au monde des bébés, et où il est possible d'obtenir rapidement une aide médicale en cas de besoin.

C'est au début du 20e siècle que se développe la pédiatrie, la branche de la médecine spécialisée dans les maladies infantiles. À Montréal, on fonde des hôpitaux dédiés uniquement aux soins des jeunes dans la première décennie du siècle. Ces hôpitaux s'améliorent énormément après la guerre, offrant aux enfants malades une expertise, de l'équipement, des médicaments et des traitements adaptés à leur condition. En 1961, un programme gouvernemental rend les soins hospitaliers gratuits et donc accessibles à l'ensemble des Québécois. Puis les familles québécoises pourront, à compter de 1970, bénéficier d'une consultation sans frais chez un médecin.

La médecine permet maintenant de prévenir et de guérir de nombreuses maladies infantiles qui s'avéraient mortelles il y a cent ans. Ce sont aujourd'hui les accidents qui figurent en première place des causes de décès chez les jeunes.

Source : Textes de l'exposition Grandir à Montréal
Musée McCord, 2004-2007

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