Utilisez la commande fichier > imprimer pour imprimer cette page.

Brasser de grosses affaires : Le Canada, 1896-1919

Duncan McDowall, Université Carleton

Voir le circuit

Introduction:

Au début du XXe siècle, l'économie du Canada devient moderne et diversifiée. Fondée sur l'industrie, elle se développe d'un océan à l'autre. Les liaisons ferroviaires transcontinentales et les barrières tarifaires permettent cette expansion. Les capitaines d'industrie, rois des conglomérats et financiers fournissent les capitaux. Les investissements étrangers et la technologie inondent le pays. La croissance des exportations de blé, de minéraux et de bois permet d'équilibrer l'économie. L'arrivée d'immigrants accroît la main-d'oeuvre et augmente l'indice de consommation.

Les banques, les compagnies de télégraphe et les magasins à rayons ainsi que les quotidiens à grand tirage recrutent clients et lecteurs partout au pays. Les manufacturiers découvrent la production en série et adoptent de nouveaux procédés. Parmi les nouveautés sortant des usines, figurent les automobiles, l'aluminium, les aliments traités et vendus sous de nouvelles marques ainsi que l'acier en feuilles. L'électricité participe à cette croissance en alimentant à peu près tout depuis les tramways jusqu'à la fabrication des cigarettes. Quand survient la guerre en 1914, le Canada emploie sa nouvelle énergie industrielle à la fabrication d'acier et de munitions.

La publicité, la formation en affaires et la recherche appliquée se traduisent par des hausses qualitatives et quantitatives dans l'industrie canadienne. Les villes sont à l'avant-garde de cette nouvelle prospérité - les villas des millionnaires, d'un côté, et les banlieues industrielles populeuses de l'autre reflètent la prospérité des possédants et la pauvreté des ouvriers formant la nouvelle industrie canadienne.


VIEW-8570
© Musée McCord
Photographie
Élévateurs à grains et train, Claresholm, Alb., 1918
Wm. Notman & Son
1918, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-8570
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Entre 1896 et 1919, l'agriculture est la composante la plus importante du produit national brut au Canada. La production de blé, d'avoine et d'orge augmente en flèche. En 1896, le pays produit 55,7 millions de boisseaux de blé ; en 1919, il en produit 189 millions. Les exportations de blé et de farine - 97 millions de boisseaux en 1919 - assurent une place de premier plan au Canada sur le marché mondial des exportations, lui permettant même de dépasser d'autres grands producteurs de céréales comme l'Australie et l'Argentine. Transporter le grain en vue de l'exportation nécessite une infrastructure élaborée. Les élévateurs à grain du pays reçoivent les céréales des agriculteurs, les nettoient et les calibrent. On les transporte ensuite par trains jusqu'aux installations portuaires où on les charge sur des bateaux. Deux nouveaux chemins de fer transcontinentaux - le Canadian Northern et le Grand Trunk Pacific - sont construits au début du XXe siècle afin de transporter les produits destinés à l'exportation. En 1919, il y a au Canada 81 105 kilomètres de chemin de fer en exploitation. Des terminaux comme ceux de Port Arthur (maintenant Thunder Bay) et Montréal peuvent alors stocker jusqu'à 231,2 millions de boisseaux de grain. Des trains de marchandises spécialement conçus transportent le grain à travers la région des Grands Lacs jusqu'aux voies maritimes. Le prix du blé du Nord no 1, la catégorie de premier choix, devient le baromètre de la santé économique du pays.

Quoi:

Les élévateurs à grain qui ponctuent le paysage des Prairies sont des ouvrages de bois complexes contenant des convoyeurs à courroies, des trémies de nettoyage et des silos pour le stockage. L'élévateur à grain devient un symbole de la prospérité canadienne ; on reproduit son image sur les calendriers des banques et dans les imprimés destinés aux immigrants.

Où:

Le premier élévateur à grain est construit en 1881, à Gretna, au Manitoba, par la Ogilvie Milling Company. De plus grands élévateurs en béton sont installés dans les ports à partir des années 1880 ; en 1919, il existe de telles structures à Vancouver, Toronto et Montréal. Le Canada exporte bientôt son expertise dans le domaine du stockage du grain vers des pays aussi éloignés que l'Argentine.

Quand:

Ce boom de la production de céréales constitue un élément déterminant de la naissance de l'Ouest canadien. L'Alberta et la Saskatchewan deviennent des provinces en 1905. L'État doit réglementer le marché des céréales en construisant des élévateurs qui sont la propriété du gouvernement et en fusionnant les compagnies ferroviaires qui ont fait faillite pour former le Canadien National en 1920.

Qui:

Le marché des céréales provoque l'émergence de certaines des plus grandes entreprises canadiennes : le Canadien Pacifique (1881), la Canada Steamship Lines (1913) et la Ogilvie Flour Mills (1902). Il incite aussi les agriculteurs à lancer leur propre entreprise de stockage et de commercialisation (par exemple, la Saskatchewan Co-operative Elevator Co., en 1911).

MP-0000.25.64
© Musée McCord
Photographie, diapositive sur verre
Quai ferroviaire, Halifax, N.-É., vers 1914
Anonyme - Anonymous
Vers 1914, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
8 x 10 cm
Don de Mr. Stanley G. Triggs
MP-0000.25.64
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Les ports du Canada constituent une porte d'entrée vers le reste du monde. Alors que les exportations de matières premières comme le blé sont en hausse pendant le boom de l'économie qu'on connaît sous Laurier entre 1896 et 1913, le pays investit d'énormes capitaux dans l'amélioration des installations des ports de mer. Les exportations vers le marché américain en essor peuvent être acheminées par train, mais celles vers les marchés encore dominants de l'Angleterre et de l'Europe doivent être transportées par bateau. Le port de Montréal est alors le plus important au Canada, son volume de fret étant de trois millions de tonnes en 1919. Il est suivi par les ports de Vancouver, Halifax et Saint John. Les deux villes des Maritimes rivalisent pour devenir le port d'exportation d'hiver (libre de glace) le plus grand du Canada. En 1913, des fonds fédéraux permettent d'entamer la construction d'immenses terminaux portuaires au sud-ouest de Halifax. L'Intercolonial Railway, artère économique reliant les Maritimes au centre du pays, prolonge ses rails jusqu'aux terminaux afin de faciliter le transbordement des marchandises.

Le front de mer de Halifax est parsemé de quais qui chaque semaine accueillent des navires portant les noms d'armateurs fameux comme Cunard et Furness Withy. Des cargos transportent les exportations canadiennes vers les autres continents et reviennent chargés de produits manufacturés d'importation et de nouveaux Canadiens.

Quoi:

L'expansion des ports reflète les fluctuations économiques. Celui de Vancouver connaît une hausse quand les exportations vers le Pacifique augmentent ; celui de Halifax doit se battre pour conserver sa part de marché, sauf quand la guerre en Europe lui donne un avantage stratégique.

Où:

Montréal est stratégiquement situé près de la voie maritime du Saint-Laurent qui dessert le coeur de l'industrie et de la production de marchandises au pays. Dans les années 1920, on tente d'ouvrir de nouvelles installations portuaires de mer qui donneraient accès aux marchés étrangers ; Churchill dans la Baie d'Hudson devient un port céréalier.

Quand:

En décembre 1917, une collision entre deux navires dans le port de Halifax provoque une grave explosion qui fait 1 600 morts.

Qui:

Halifax était le point d'entrée de millions de nouveaux Canadiens ; en 1928, Ottawa ouvre de nouvelles installations permettant d'accueillir les immigrants au Quai 21. Le port offrira la dernière vision de leur pays à des milliers de soldats canadiens partant vers l'Europe.

MP-1983.15.2
© Musée McCord
Photographie
Intérieur d'une centrale télégraphique, Winnipeg (?), Man., vers 1920
Anonyme - Anonymous
Vers 1920, 20e siècle
Gélatine argentique
20 x 25 cm
Don du Dr. John Crawford
MP-1983.15.2
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Le télégraphe est l'autoroute de l'information du XIXe siècle. Inventé par l'Américain Samuel Morse dans les années 1830, ce moyen de communication se répand dans toute l'Amérique du Nord en même temps que le système ferroviaire. Le chemin de fer transporte les marchandises et les voyageurs, alors que le télégraphe fait circuler l'information. Le télégraphe a contribué à ce que l'historien américain des affaires Alfred Chandler a appelé la « construction de systèmes ». Il ne permet pas seulement de transmettre l'information presque simultanément malgré la distance, mais lance une véritable révolution dans les entreprises. Les compagnies de télégraphe misent sur la formation des employés, des marches à suivre normalisées et des modes d'exploitation hautement centralisés. Elles font aussi la promotion de la grande entreprise - ces compagnies de télégraphe « unifiées » qui s'étendent à l'ensemble du continent.

La première compagnie de télégraphe canadienne naît en 1846, mais l'achèvement du chemin de fer transcontinental en 1885 incite à créer des liaisons d'un océan à l'autre. À l'est comme à l'ouest, l'installation en mer de câbles sous-marins, d'abord à Heart's Content, à Terre-Neuve, en 1866, donne au Canada un moyen de communication ayant une portée mondiale. En 1886, un message est envoyé de Westminster en Colombie-Britannique à Canso en Nouvelle-Écosse, puis acheminé vers l'Angleterre en quelques minutes. En 1919, les Canadiens ont déjà reçu et envoyé 15,1 millions de câbles et de télégrammes. L'émergence de grandes entreprises comme la Compagnie de télégraphe du Canadien Pacifique incite le gouvernement fédéral à réglementer cette industrie. En 1912, la Commission des chemins de fer stipule que la transmission et le contenu des télégrammes doivent relever de compagnies distinctes.

Quoi:

Le développement social et économique du Canada dans ces années dépend d'une transmission rapide et sûre de l'information. Toutes sortes de nouvelles, allant des prix du blé au nombre de soldats morts à la guerre font l'objet de télégrammes.

Où:

Les bureaux de télégraphe, généralement situés près des gares, sont nombreux au pays. Leur présence donne aux Canadiens l'impression d'être reliés au reste du pays. Le téléphone - il y en a 779 000 en 1919 - avive ce sentiment de proximité national.

Quand:

Le bureau de télégraphe est une merveille de la technologie à l'époque. Des opérateurs spécialisés envoient et reçoivent les messages que des coursiers livrent ensuite à pied ou à vélo. On met au point un téléscripteur automatisé permettant de télégraphier de l'information financière sur une bande de papier. C'est à partir de ces services de câbles que les nouvelles se répandent.

Qui:

Par la nature de leur entreprise, les propriétaires de compagnies de télégraphe acquièrent une vision attrayante des occasions d'affaires au Canada. Plusieurs d'entre eux se dirigeront vers d'autres formes d'entrepreneurship. Le Montréalais [object=II-118415]Charles R. Hosmer[/object] (1851-1927), après avoir été président de la Compagnie de télégraphe du CP, devient millionnaire en faisant fortune dans les minoteries, les mines, les textiles, les pâtes et papiers et la banque.

VIEW-1904
© Musée McCord
Photographie
Intérieur, Bourse de Montréal, Montréal, QC, 1903
Wm. Notman & Son
1903, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-1904
© Musée McCord

Description:

Le nouvel édifice de la Bourse de Montréal ouvre ses portes en 1903 sur la rue Saint-François-Xavier, la « Wall Street » de Montréal. Conçu par l'architecte responsable de la New York Stock Exchange, cet édifice de prestige s'impose par l'élégance et la sobriété de son style, en rupture avec l'architecture dominante en fin de siècle.

La Bourse de Montréal devient une institution financière d'une importance fondamentale au début du XXe siècle. Fondée vingt-cinq ans plus tôt, elle avait longtemps regroupé un nombre limité de courtiers et enregistré un faible volume de transactions, surtout dans le domaine bancaire. Mais après 1900, sa croissance sera spectaculaire. On assiste alors à un important mouvement de concentration du capital et des entreprises. Ces nouvelles sociétés financent leurs activités par l'émission d'actions et d'obligations qui seront de plus en plus transigées à la Bourse de Montréal. Ce lieu devient donc un puissant symbole du pouvoir économique de Montréal et du contrôle qu'exercent les hommes d'affaires de la métropole sur les cours d'eau, les ressources naturelles, les mines et les usines de tout le pays.

Source: Deux quotidiens se rencontren (Consulter l'encadré Voir Aussi sur cette page)

Clefs de l'histoire:

Le développement spectaculaire de l'industrie canadienne nécessite d'importantes injections de capitaux - des investissements à long terme dans les manufactures, les chemins de fer, les services publics et la mise en valeur des ressources. Une grande partie de ces capitaux provient de l'étranger ; les investisseurs anglais et américains voient le Canada comme un lieu d'investissement stable et avantageux. Cependant, des Canadiens commencent aussi à investir dans leur propre pays, achetant des actions (des titres de propriété dans une entreprise) et des obligations (des titres d'emprunt à long terme et à intérêts fixes) dans les Bourses canadiennes. La Bourse permet aux industriels de mettre en circulation les actions de nouvelles entreprises risquées et aux investisseurs d'échanger entre eux actions et obligations.

La Bourse de Montréal est alors la plus ancienne et la plus importante au Canada. Dès 1832, les Montréalais peuvent échanger des actions dans les cafés. En 1874, la Bourse de Montréal devient une société à charte. La négociation de titres est officialisée et réglementée. En 1904, un édifice à colonnade est construit à proximité du quartier des affaires de la rue Saint-Jacques. En 1914, 182 entreprises sont cotées en Bourse et une moyenne de 10 000 actions sont négociées chaque jour. D'autres Bourses ouvrent leurs portes au pays : à Toronto (institution à charte en 1874), Winnipeg (1903), Vancouver (1907) et Calgary (1914). En 1913, un téléscripteur télégraphique annonce les prix des actions en Bourse d'un océan à l'autre.

Quoi:

Sur le parquet de la Bourse, des postes de négociation permettent aux agents de change de se rassembler et de faire une offre. Le prix d'une action reflète les fluctuations de la demande. En 1920, le prix d'une « place », c'est-à-dire du droit de négocier sur le parquet coûte 36 000 $.

Où:

Bien qu'elle soit au coeur de l'économie industrielle canadienne, la Bourse de Montréal reste en marge des marchés de capitaux mondiaux. En 1910, il se négocie 164,2 millions d'actions à la Bourse de New York alors qu'on en négocie 2,1 millions à Montréal et 0,9 million à Toronto.

Quand:

Le marché canadien des capitaux émerge au moment où les Canadiens bénéficient d'un surplus monétaire par rapport à leurs besoins quotidiens et cherchent à assurer leur avenir par le biais d'investissements sûrs. Jusqu'aux années 1930, les marchés de capitaux demeurent peu réglementés ; la fraude et les délits d'initiés sont fréquents.

Qui:

En 1920, la Bourse de Montréal compte 85 membres qui sont souvent affiliés à des sociétés de placement de New York ou de Londres.

Des financiers montréalais ambitieux comme James Dunn (1874-1956) et [object=II-156536]Max Aitken[/object] (1879-1964) poursuivront des carrières florissantes à Londres, alors la capitale financière du monde.

VIEW-11557.0
© Musée McCord
Photographie
Banque Royale du Canada, Lunenburg, N.-É., copie réalisée en 1911
Anonyme - Anonymous
1911, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
16 x 21 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-11557.0
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

L'Acte d'Amérique du Nord britannique de 1867 place les banques sous la juridiction stricte d'Ottawa. Toutefois, jusqu'aux années 1890, la plupart des banques canadiennes sont encore fortement implantées dans les régions. Seule la Banque de Montréal, fondée en 1817, possède des succursales partout au pays. En 1896, il y a 37 banques à charte au pays ; elles portent des noms comme Bank of British Columbia et Summerside Bank. Beaucoup de ces institutions font faillite parce que leur implantation les rend vulnérables aux fluctuations de l'économie d'une seule région.

En 1919, la plupart des banques sont des institutions nationales. Il n'y a plus que 19 banques à charte au pays ; la plupart d'entre elles ont leur siège social à Montréal ou à Toronto. En 1920, trois banques - la Banque de Montréal, la Banque Royale et la Banque de Commerce - contrôlent 52 % des actifs bancaires au pays. Les banques possédant de nombreuses succursales sont en position de diversifier leurs activités. Certains critiques de l'époque font valoir que le centre du Canada domine le système bancaire. La Banque Royale offre un exemple typique de ce passage à des activités à l'échelle nationale : fondée comme la Merchants' Bank of Halifax en 1869, elle établit son siège social à Montréal en 1907 et devient la Banque Royale.

Quoi:

Partout au Canada, la succursale bancaire locale est le point de contact du citoyen avec le système national. Ces succursales sont logées dans des édifices conçus pour donner une impression de stabilité et d'intégrité aux clients. Des caractéristiques néoclassiques comme les colonnes et la construction en pierre contribuent à transmettre ce message. Pour l'humoriste Stephen Leacock (1869-1944), ces édifices évoquent des temples religieux.

Où:

Le système bancaire canadien est inspiré du système écossais des succursales, dans lequel ces dernières se déploient comme une toile d'araignée autour du siège social. Les fonds peuvent ainsi circuler facilement partout au pays. En 1890, il y a 426 succursales bancaires au Canada ; en 1920, il y en a 4 676, soit une pour 1 900 Canadiens.

Quand:

La Merchants' Bank de Halifax fonde la ville côtière de Lunenburg au sud de la Nouvelle-Écosse en 1871. En 1919, la succursale récemment reconstruite de Lunenburg n'est plus que l'une des 662 succursales nationales et internationales de la Banque Royale.

Qui:

Les banques permettent aux jeunes hommes d'accéder à la nouvelle classe urbaine des professionnels. Les employés de banques, ces guichetiers et commis qui travaillent dans les succursales, sont des collets blancs dont la carrière peut les amener à voir du pays, puisque les banques canadiennes s'établissent à l'étranger, jusqu'à Cuba. Les banquiers sont alors considérés comme des notables dans une communauté.

MP-1984.105.4
© Musée McCord
Photographie
Magasin Goodwin's (futur emplacement de la T. Eaton Co.), rue Sainte-Catherine, QC, vers 1912
Anonyme - Anonymous
Vers 1912, 20e siècle
Gélatine argentique
20 x 25 cm
Don de Earl Preston
MP-1984.105.4
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Le grand magasin est à l'avant-garde de la société de consommation moderne. Au XIXe siècle, le commerce de détail se répartit en diverses boutiques spécialisées de « marchandises sèches » approvisionnées par des marchands en gros qui assemblent les marchandises produites par des manufacturiers et les distribuent aux détaillants. Le crédit et le troc fondent les relations établies entre et le grossiste et le détaillant d'une part, le détaillant et ses clients d'autre part. À partir des années 1870, dans des villes comme Paris et New York, le grand magasin regroupe différentes lignes de marchandises sous le même toit. Chaque rayon offre une ligne de produits différente. Le grossiste est évincé ; désormais, le magasin achète directement du maufacturier ou établit sa propre manufacture. Et toutes les ventes sont négociées en espèces - une qualité garantie à un prix garanti.

L'immigrant irlandais Timothy Eaton (1834-1907) est le pionnier du grand magasin au Canada. Il ouvre le premier rue Younge à Toronto en 1869, et en inaugure bientôt d'autres dans tout le pays - à Winnipeg en 1905, par exemple. Il utilise les ventes par catalogue dans les régions où un magasin ne serait pas rentable. Parmi ceux qui s'inspireront du succès de Eaton, figure Robert Simpson (1834-1897) à Toronto et Nazaire Dupuis (1843-1876) à Montréal. En 1910, Eaton est un modèle d'intégration verticale : la compagnie possède 17 manufactures, ses propres marques, un service de livraison et emploie 8 800 personnes.

Quoi:

Le grand magasin est une merveille du génie moderne. Supportées par une ossature en acier, ses surfaces de vente sont vastes. L'éclairage est alimenté à l'électricité, de même que les escaliers roulants et les ascenseurs. Des tubes pneumatiques permettent de transmettre messages et paiements entre les rayons. Des restaurants servent les repas du midi. Les vitrines présentant la marchandise attirent le client.

Où:

Le magasin à rayons a donné un nouveau sens au mot « centre-ville ». Les magasins Eaton, Dupuis Frères et [object=VIEW-16835]Morgan's[/object] font de la rue Sainte-Catherine à Montréal la principale artère de « magasinage » de la ville.

Quand:

Timothy Eaton ouvre son premier magasin à rayons à Toronto en 1869. Le magasin répond aux besoins d'une société fondée sur la monnaie et le salaire. « Un seul prix, argent comptant et satisfaction garantie », prône le commerce. Il sera à la source de nouvelles techniques de ventes au détail : les jours de solde, la publicité et les défilés du Père Noël, tous conçus pour stimuler les ventes.

Qui:

Le magasin à rayons a permis de démocratiser la consommation. On trouvait le catalogue Eaton dans presque toutes les cuisines rurales au pays. Les citadins s'y rendaient pour acheter toutes sortes de produits, allant des chemises aux biscuits. En 1919, l'empire Eaton enregistrait des ventes de 123,6 millions de dollars.

MP-1977.76.37
© Musée McCord
Photographie
Le bureau du « Star » décoré pour le jubilé de la reine Victoria, rue Saint-Jacques, Montréal, QC, 1897
Alfred Walter Roper
1897, 19e siècle
Plaque sèche à la gélatine
10 x 12 cm
Don de Mr. Vennor Roper
MP-1977.76.37
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Le Montreal Star offre l'un des meilleurs exemples d'une nouvelle catégorie de journaux canadiens qui obtiendra beaucoup de succès, le quotidien à grand tirage. Fondé en 1869 par le journaliste montréalais Hugh Graham (1848-1938), le Star se distingue du journalisme étroit et partisan qui se pratiquait au XIXe siècle en adoptant une stratégie fondée sur les revenus de publicité et un vaste lectorat. Vendu un sous, il est le premier quotidien à être illustré de photographies et les nouvelles y sont divisées en rubriques : affaires, sports, pages féminines, etc. Les questions politiques sont traitées exclusivement dans les éditoriaux. En 1899, le Star tire à 52, 600 exemplaires. Son lectorat s'étend rapidement dans le pays ; en 1913, 40 % du tirage est diffusé à l'extérieur de Montréal.

Entre 1899 et 1921 le tirage des quotidiens augmente de 233 %. Des journaux d'autres villes s'inspirent du succès du Star de Montréal. Ainsi, le Toronto Star est fondé en 1892 par Joseph Atkinson. Les éditeurs de journaux brassent de grosses affaires. En 1921, le pays compte 113 quotidiens.

Quoi:

Le quotidien à grand tirage devient le modèle des journaux du XXe siècle. Divisé en rubriques, il mise sur de nouvelles techniques d'impression permettant de réduire les coûts, sur un approvisionnement assuré de papier journal canadien, sur les services télégraphiques qui font circuler les nouvelles et sur une armée de journalistes professionnels. La publicité et le grand tirage assurent les profits.

Où:

Comme Montréal est la ville la plus peuplée (467 000 habitants en 1911) et la plus riche du Canada, elle voit naître beaucoup de quotidiens. Les Montréalais francophones ont leurs propres journaux comme La Presse, fondé en 1884.

Quand:

La naissance du quotidien à grand tirage correspond à l'apparition de certains phénomènes sociaux au Canada : une population où de plus en plus de gens savent lire, qui dispose de ressources à consacrer au divertissement et participe de plus en plus au processus politique, ainsi que l'existence de l'éclairage électrique qui permet de lire le soir.

Qui:

Le succès du journal de Hugh Graham lui permet d'accéder au titre de chevalier en 1908, puis à celui de baronnet - il devient lord Atholstan - en 1917. Son ancienne résidence existe toujours rue Sherbrooke près du [object=MP-0000.865.5]Musée McCord[/object].

VIEW-3376
© Musée McCord
Photographie
Hauts fourneaux, Sydney, Cap-Breton, N.-É, 1901
Wm. Notman & Son
1901, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-3376
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

À la fin du XIXe siècle, l'acier est un moteur de la nation. Les pays qui possèdent une industrie de l'acier sont ceux avec qui il faut compter. Les améliorations apportées à la production de ce métal - essentiellement en chassant les impuretés de la fonte brute à l'aide de jets d'air et de produits chimiques purifiants - permettent d'obtenir un matériau résistant mais malléable qui peut être utilisé dans la fabrication d'à peu près tout, des gratte-ciel aux navires de guerre. Les trains roulent sur des rails en acier et les soldats avancent armés de baïonnettes et de munitions en acier. Des hommes comme Andrew Carnegie et Frederich Krupp créent de vastes empires intégrés de l'acier qui s'étendent de la mine de charbon jusqu'aux laminoirs où l'on donne à l'acier en fusion des formes utiles. Les pays sans acier sont considérés vulnérables et manquant d'indépendance économique. Jusqu'aux années 1890, le Canada produit peu d'acier ; un manque de houille et de minerai de fer de bonne qualité, ainsi qu'une profusion d'acier d'importation à bon prix sur le marché n'incitent pas les industriels d'ici à en produire.

Les fusions d'entreprises et l'augmentation des tarifs douaniers relatifs à l'acier importé modifieront cette situation. Des aciéries sont implantées à Hamilton et à Sault Ste. Marie en Ontario, ainsi qu'à Sydney en Nouvelle-Écosse. À l'Algoma Steel Co. de Sault Ste. Marie et à la Dominion Iron and Steel de Sydney, ce sont les capitaux et l'expertise américains qui dominent ; toutefois, la Steel Company of Canada de Hamilton est créée en 1910 par des hommes d'affaires canadiens. Les résultats sont spectaculaires : en 1910, le Canada produit 29 000 tonnes d'acier, mais en 1911 la production passe à 882 000 tonnes. En 1919, 78 589 Canadiens travaillent dans l'industrie de l'acier et les trains canadiens circulent sur des rails en acier canadien ; automobiles et réfrigérateurs sont aussi fabriqués avec de l'acier produit ici.

Quoi:

L'acier est le matériau miracle de l'époque. Il est durable et résistant. L'ajout d'alliage comme le nickel le rend encore plus résistant. Un laminoir bien équipé peut alors façonner l'acier en fusion en toutes sortes d'objets, des poutres en I massives pour les constructions métalliques jusqu'aux minces feuilles d'acier destinées aux carrosseries d'automobiles.

Où:

Le principal marché pour l'acier canadien est le centre du Canada, mais à cause de la nécessité de houille et de minerai de fer, ce sont plutôt des endroits où abondent ces ressources, comme le Cap Breton, qui attirent les aciéries. Au fil du temps, les aciéries de la région du « golden horseshoe » autour de Hamilton en Ontario - Stelco et Dofasco - en viennent à dominer l'industrie canadienne en expédiant de la houille et du minerai de fer depuis leurs quais.

Quand:

Le Canada entre tard dans l'âge de l'acier. En 1914, toutefois, le pays possède une industrie de l'acier moderne qui lui permet de soutenir une énorme industrie des munitions qui transforme le métal en artillerie : balles, obus et navires.

Qui:

Ceux qui permettent au Canada de développer son industrie de l'acier deviennent des héros nationaux, louangés par les premiers ministres et recherchés par les investisseurs. L'Américain Francis Hector Clergue (1856-1939) devient le « roi de la suie » en construisant la vaste aciérie Algoma Steel à Sault Ste. Marie. En 1902, sa Lake Superior Corporation emploie 7 000 hommes à la fabrication d'acier et de papier et à la production d'énergie. Un an plus tard, l'empire s'effondre à cause de conflits financiers, mais l'Algoma survivra.

VIEW-17254
© Musée McCord
Photographie
Vue d'ensemble de la Shawinigan Water and Power Co., Shawinigan, QC, 1917
Wm. Notman & Son
1917, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-17254
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Une « deuxième révolution industrielle » s'empare de l'Europe et de l'Amérique du Nord à la fin du XIXe siècle. Sous l'impulsion de nouvelles technologies et de nouvelles sources d'énergie, cette révolution entraîne une intensification et un déploiement de l'industrialisation. Comme chaleur et production mécanisée sont essentielles à cette nouvelle industrialisation, il devient impératif de disposer de sources d'énergie hydroélectriques fiables et bon marché. L'invention de l'éclairage électrique et celle du moteur électrique dans les années 1880 par Thomas Edison (1847-1931) et Nikola Tesla (1856-1943) incitent les industriels à rechercher des cours d'eau à fort débit pouvant être harnachés pour la production d'électricité. Au Québec, la vallée qui entoure la rivière Saint-Maurice, laquelle coule du plateau laurentien vers le fleuve Saint-Laurent, semble l'endroit idéal.

En 1898, un consortium d'hommes d'affaires montréalais et américains forment la Shawinigan Water and Power Company afin de harnacher le Saint-Maurice et inciter ainsi les industriels à s'installer à proximité. L'électricité de la Shawinigan alimente bientôt des fonderies d'aluminium et des usines de pâtes et papiers. Par la suite, l'amélioration des modes de transmission du courant permet de faire parvenir l'électricité aux différentes villes du Québec et d'alimenter d'autres usines. La Shawinigan Power, grâce à son monopole sur le Saint-Maurice, devient le pourvoyeur d'énergie le plus important du Canada ; elle le demeure jusqu'en 1963, année où elle est achetée par Hydro-Québec.

Quoi:

On produit l'hydroélectricité en faisant passer de l'eau à fort débit dans des conduites forcées ; l'eau passe ensuite par une cheminée d'équilibre et fait tourner des turbines ; ces dernières activent des génératrices qui convertissent l'énergie cinétique de l'eau en impulsions électriques. L'hydroélectricité - « la houille blanche » - génère des profits importants. En 1919, le Canada produit 5 353 millions de kilowatts-heures provenant majoritairement de source hydroélectrique. La Shawinigan Power augmente ses profits en regroupant les usines utilisant une source de chaleur - papier, aluminium et carbure de calcium (pour l'acétylène) - près de ses centrales.

Où:

Shawinigan, comme Niagara en Ontario, est située près du coeur industriel en formation du Canada. Une source d'énergie à bon prix soutient l'industrialisation du Québec et permet à Montréal d'offrir à ses citadins les commodités de la vie moderne comme les tramways et l'éclairage de rue. Avec l'amélioration des modes de transmission du courant, les centrales hydroélectriques peuvent s'installer dans l'arrière-pays canadien (comme la Baie James, par exemple) ; ainsi l'énergie va vers les usines et non le contraire.

Quand:

L'électricité permet la fonderie de l'aluminium, un métal léger et résistant à la corrosion qui transformera rapidement la fabrication, la construction et la production de biens de consommation allant de la peinture aux chaudrons de cuisine. La production d'électricité comme celle de l'aluminium deviennent toutes deux rentables dans les années 1880 ; le Québec se trouve donc à l'avant-garde de ces nouvelles technologies.

Qui:

La Shawinigan Power a ses promoteurs locaux, comme le Montréalais Louis-Joseph Forget (1853-1911), mais elle dépend aussi des capitaux et de la technologie fournies par des Américains comme James Buchanan Duke (1857-1925). Ces hommes sont souvent décriés comme des monopolistes qui éreintent la concurrence et demandent des prix trop élevés pour leur produit.

MP-0000.25.875
© Musée McCord
Photographie, diapositive sur verre
Pile de billots, Spanish River Pulp & Paper Company, Ont., vers 1927
Anonyme - Anonymous
Vers 1927, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
8 x 10 cm
Don de Mr. Stanley G. Triggs
MP-0000.25.875
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Le papier est un élément de première importance dans la transition de l'Amérique du Nord vers une société industrielle urbaine, et il devient le véhicule principal de la diffusion de l'information. Les quotidiens à grand tirage stimulent la demande des consommateurs en diffusant de la publicité et en publiant des articles sur la mode, la maison et les affaires. En 1911, le Canada compte 143 quotidiens. Les journaux américains sont aussi prolifiques. Cette industrie consomme d'énormes quantités de papier journal. Parallèlement, cette économie de la consommation naissante a besoin de papier pour l'emballage, de contenants pour le transport en vrac et de papiers spéciaux pour le conditionnement des produits de marque.

L'ajout de produits chimiques à la pâte de bois ainsi que la mise au point de grosses machines à papier auront pour conséquence une baisse du prix du papier journal, qui passe de 138 $ la tonne dans les années 1880 à 45 $ la tonne en 1913. Les forêts du Nord de l'Ontario et du Québec deviennent des territoires de ressources pour les journaux du sud. En 1899, des hommes d'affaires d'Ontario ayant des bailleurs de fonds américains se voient offrir une vaste concession forestière à la Spanish River, près du lac Huron. Le gouvernement ontarien stipule que les arbres qui y sont coupés doivent être réduits en pâte à l'intérieur de la province.

Quoi:

Les pâtes et papiers naissent des besoins d'une société de plus en plus riche et éduquée. Les gouvernements répondent à cette demande en accordant aux fabricants de papier de vastes concessions forestières. On vise la production de masse des journaux et l'exportation. On réfléchit peu aux conséquences environnementales d'une exploitation forestière aussi vorace.

Où:

Les pâtes et papiers transforment la géographie du Nord de l'Ontario et du Québec. Des villes surgies du jour au lendemain forment les camps de base de ces assauts sur la forêt. En 1912, Iroquois Falls, en Ontario, est créée quand l'Abitibi Power and Paper Co. obtient la concession des forêts à proximité ; entre 1915 et 1920, une ville de compagnie - « la ville-jardin du Nord » - est construite par l'entreprise.

Quand:

Au début du XIXe siècle, on fabrique le papier en pilant du coton et du lin pour obtenir une pâte de chiffon ; à la fin du siècle, on le fabrique en traitant à chaud de la pâte de bois avec des produits chimiques sous pression. Le papier fabriqué avec de la pâte de bois est moins cher, mais aussi moins résistant que le papier-chiffon.

Qui:

Le besoin en bois incite les capitalistes du Sud à exploiter les forêts du Nord. Spruce Falls, en Ontario est une ville créée par une compagnie qui est la propriété commune du New York Times et de Kimberly-Clark, producteur de papier américain.

MP-0000.25.600
© Musée McCord
Photographie, diapositive sur verre
Usine de la Wabasso Cotton Company, Trois-Rivières, QC, vers 1930
Anonyme - Anonymous
Vers 1930, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
8 x 10 cm
Don de Mr. Stanley G. Triggs
MP-0000.25.600
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

La transition du Canada vers une société industrielle et urbaine se reflète aussi dans le vêtement. Au début du XIXe siècle, les Canadiens portaient des vêtements confectionnés à la maison ou par des tailleurs locaux et faits de laine ou de coton importé. La Politique nationale de 1878 hausse le tarif douanier afin de réduire l'importation d'articles en coton et de stimuler la production locale de vêtements et de tissus de coton. Au début du XXe siècle, la Politique a porté des fruits. Les usines canadiennes transforment le coton brut en tissu, puis en fabriquent des vêtements de confection. Les tailleurs spécialisés fabriquent encore des vêtements sur mesure, mais les articles de série en coton fabriqués à Montréal ou à proximité et les articles en laine provenant de villes ontariennes comme Almonte dominent maintenant l'industrie nationale du textile.

En 1919, 84 120 Canadiens travaillent dans les usines de textile, les ateliers de tricotage et les manufactures de vêtements. Au cours du boom que l'on connaît sous Laurier, on assiste à une rationalisation très importante de cette industrie. Par des fusions et des cartels (des ententes secrètes entre producteurs visant à limiter les prix et la production), l'industrie canadienne du textile est bientôt dominée par une poignée de grandes entreprises comme Wabasso.

Quoi:

Les vêtements de confection ou « prêts à porter » sont l'un des dérivés de la nouvelle société industrielle urbaine où l'autarcie familiale a été remplacée par une économie monétaire dans laquelle les gens comptent sur leur salaire pour se procurer les produits de première nécessité. Des grands magasins comme Eaton construisent leurs propres usines de vêtements pour répondre à la demande.

Où:

Montréal est la tête de pont de la fabrication d'articles en coton au Canada. Des entreprises comme la Dominion Textiles, la Canadian Coloured Cotton et la Montreal Cotton ont peu de concurrents.

Quand:

En 1907, Charles R. Whitehead (1868-1952) quitte la Dominion Textiles à Montréal pour fonder Wabasso Cotton à Trois-Rivières, entreprise spécialisée dans le coton fin.

Qui:

Les travailleurs des usines de textile subissent une ségrégation fondée sur le sexe et les compétences. Au Québec, en 1919, un régleur de métiers à tisser gagne 45 cents l'heure. Un fileur gagne 45 cents l'heure, mais une fileuse ne gagne que 28 cents. On considère les hommes comme des employés à long terme et les femmes comme des employés temporaires.

VIEW-24673
© Musée McCord
Photographie
Étalage d'étuis à cigarettes photographié pour Desbarats Printing, 1929
Wm. Notman & Son
1929, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
25 x 20 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-24673
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

L'engouement pour la cigarette offre l'un des exemples les plus frappants de la démocratisation des biens de consommation pendant les années de prospérité économique que connaît le pays entre 1896 et 1919. Au XIXe siècle les hommes chiquaient du tabac ou fumaient des cigares ou du tabac à pipe. La cigarette enrobée de papier était un produit de luxe réservé aux riches. Un confectionneur de cigarettes ne pouvait rouler à la main que 3 000 cigarettes par jour. L'invention de la machine à cigarettes Bonsack dans les années 1880 permet de produire des cigarettes en continu. Les coûts dégringolent et les profits augmentent en flèche. L'American Tobacco Company de l'Américain James B. Duke inonde bientôt le marché de cigarettes à bon prix ; une machine Bonsack peut rouler, coller et couper 120 000 cigarettes par jour. La publicité, la création de marques et l'emballage font en sorte que les riches comme les pauvres peuvent trouver une cigarette qui convient à leur goût comme à leur statut.

Montréal domine l'industrie canadienne du tabac. Des hommes d'affaires comme sir William Macdonald et sir Mortimer Davis créent d'immenses usines produisant cigares, cigarettes et tabac à pipes. En 1919, les usines canadiennes produisent près de trois milliards de cigarettes et 209 millions de cigares. La production est le fruit d'un processus d'intégration verticale ; elle va des champs de tabac à la production et la commercialisation, en passant par le séchage.

Quoi:

La cigarette offre un exemple typique de production en série pour un marché précis. La production demeure constante, alors que les fluctuations dans la qualité du tabac et les slogans de la publicité font que certains produits s'adressent à différents types de consommateurs. Les annonceurs présentent la cigarette comme un produit prestigieux ; les femmes l'adoptent sans tarder.

Où:

Alors que la production de tabac est concentrée à Montréal, l'habitude de la cigarette conquiert le pays entier, d'un océan à l'autre, et traverse toutes les couches sociales. Les usines de tabac offrent des emplois mal payés qui sont la porte d'entrée des femmes dans la main-d'oeuvre industrielle.

Quand:

En 1919, les usines de cigarettes canadiennes produisent près de trois milliards de cigarettes et 209 millions de cigares.

Qui:

L'Imperial Tobacco Company de Montréal, propriété de sir Mortimer Davis (1864-1928) est le fruit de la fusion de plusieurs compagnies. La Macdonald Tobacco Company, propriété de sir William Macdonald (1831-1917) est d'abord un grossiste de tabac du Kentucky dans les années 1850. Les deux hommes vivent dans l'aisance et sont de généreux donateurs ; Macdonald, par exemple, accorde son appui à l'Université McGill.

MP-0000.25.1003
© Musée McCord
Photographie, diapositive sur verre
Intérieur des usines Angus, Chemin de fer Canadien Pacifique, Montréal, QC, vers 1930
Anonyme - Anonymous
Vers 1930, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
8 x 10 cm
Don de Mr. Stanley G. Triggs
MP-0000.25.1003
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

La société urbaine industrielle est hautement technologique. L'équipement industriel moderne, les services publics comme les tramways ainsi que les gratte-ciel à structure d'acier requièrent tous une mécanique de précision pour être sûrs et efficaces. L'usinage du métal doit atteindre de faibles tolérances afin d'éviter toute perte de pression ou tout glissement des engrenages. La production de masse repose sur la répétition infinie et invariable de telles opérations de précision.

Le chemin de fer est un creuset de la technologie moderne. La locomotive, assemblage complexe de pièces de haute précision, est la quintessence du génie industriel au début du XXe siècle. Les équipements doivent aussi être entretenus régulièrement par des techniciens qualifiés. En 1902, le Canadien Pacifique ouvre un vaste centre de service ferroviaire, les ateliers Angus, dans l'est de Montréal. On y construit des locomotives et du matériel roulant dont on assure aussi l'entretien. Les ingénieurs conçoivent des locomotives adaptées aux durs hivers canadiens et aux longues distances à parcourir. Entre 1905 et 1913, les ateliers Angus produiront 502 locomotives « D 10 » à six roues pour le Canadien Pacifique. En 1919, le Canada a 5 947 locomotives en service.

Quoi:

La locomotive n'est pas qu'un « cheval de labour » de l'industrie. Elle représente aussi un symbole de la modernité qu'on utilise en publicité et dans l'art national pour projeter une image de progrès et de vitesse. Le Canadien Pacifique possède un service de publicité qui commande à des artistes des oeuvres à la gloire de la locomotion à vapeur.

Où:

Les ateliers Angus sont entourés de quartiers ouvriers montréalais, Plateau Mont-Royal, Hochelaga et Maisonneuve. Les cheminots constituent la crème de la main-d'oeuvre canadienne ; ils sont qualifiés, bien rémunérés et soudés par une culture qui leur est propre.

Quand:

Le XXe siècle marque l'âge d'or du transport à vapeur. Le progrès technique permet de maximiser l'« effort de traction » - autrement dit, la capacité de tirage - de la locomotive. Les premiers trains diesel-électriques ne feront leur apparition que dans les années 1920.

Qui:

Au XIXe siècle, l'ingénieur était un bricoleur, mais les exigences du monde industriel moderne font désormais de lui un professionnel. L'Institut canadien des ingénieurs impose des normes professionnelles et des universités comme McGill et Toronto ouvrent des écoles de génie.

MP-0000.25.571
© Musée McCord
Photographie, diapositive sur verre
La compagnie Quaker Oats, Peterborough, Ont., vers 1928
Anonyme - Anonymous
Vers 1928, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
8 x 10 cm
Don de Mr. Stanley G. Triggs
MP-0000.25.571
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Une large part des capitaux injectés dans l'industrialisation du Canada au début du XXe siècle provient d'investissements étrangers. Pauvre en capitaux, le pays accuse un retard au chapitre de la recherche industrielle ; les tarifs douaniers élevés incitent également les producteurs étrangers à s'installer à l'intérieur des frontières canadiennes. Les politiciens canadiens encouragent la venue de ces « succursales » qui créent des emplois et permettent aux Canadiens d'avoir accès aux biens de consommation les plus nouveaux. En 1913, Fred W. Field (1884-v.1935), un observateur de première heure de l'économie canadienne, estime que 451 succursales ont vu le jour au Canada. Cet afflux américain fait découvrir aux Canadiens des marques encore présentes aujourd'hui telles que Coca-Cola, Ford et Heinz.

Au fil du temps, les avantages immédiats du système de succursales seront contrebalancés par l'exode des bénéfices vers des sièges sociaux étrangers et les inefficacités liées au fait de desservir le petit marché canadien à partir d'usines conçues pour une production en petite série. En 1902, la construction d'une usine de transformation de l'avoine à Peterborough, en Ontario, par la société américaine Quaker Oats illustre l'évolution typique de ce système de succursales. Moins d'un an après l'ouverture de Quaker, les importations canadiennes de flocons d'avoine (c'est-à-dire produits en usine) chutent de 1,35 million de kilos. Les Canadiens deviennent vite des habitués des marques de la compagnie Quaker comme Muffets et le mélange à crêpe Aunt Jemima, maintenant fabriquées dans leur propre pays.

Quoi:

À la fin du XIXe siècle, on assiste à une révolution dans le secteur de la transformation de l'avoine. Le triage, le nettoyage, la mouture, la coupe et le conditionnement de l'avoine forment un processus continu de production à la chaîne. La transformation de l'avoine devient une industrie à intégration verticale, depuis les « hommes sur le terrain » qui achètent aux fermiers l'avoine non traitée jusqu'aux minoteries mécanisées puis aux grossistes qui vendent le produit fini aux détaillants. Les ventes en vrac d'avoine seront supplantées par des emballages conçus pour le consommateur, vendus sous marque et publicisés.

Où:

À Peterborough, Quaker se trouve dans un lieu central stratégique sur le plan commercial, à proximité des marchés urbains et des grandes voies de communication vers les fermes de l'Ouest, qui est en pleine expansion. En 1912, Quaker construit une autre minoterie à Saskatoon. Lorsqu'un incendie détruit l'usine de Peterborough, en 1917, une nouvelle minoterie dont on dira qu'elle est la « plus grande de l'Empire britannique » est érigée à sa place.

Quand:

Avec le dépôt en 1877 du logo du « bonhomme Quaker », on voit apparaître aux États-Unis l'un des premiers noms de marque de produits alimentaires transformés. Quaker ouvre d'autres filiales aussi loin qu'en Afrique du Sud et exporte ses céréales jusqu'en Australie. L'historique de la société Quaker indique que l'entreprise a pour mission de « transformer le déjeuner de la nation ». Le magazine de la société porte le nom éloquent de The Earth Quaker (La Terre Quaker).

Qui:

Quaker Oats est le produit de la fusion en 1901 de trois minoteries américaines du Midwest. La société était un « trust » créé pour limiter la concurrence et maximiser les économies d'échelle. Le génie à l'origine de ce « trust de l'avoine » est Henry P. Crowell (1855-1944), qui a coordonné la mondialisation de Quaker et perfectionné la mouture mécanisée de l'avoine.

II-196620.0
© Musée McCord
Photographie
M. Frederick W. Thompson dans son bureau (avant 1912), Montréal, QC, copie réalisée en 1913
Anonyme - Anonymous
1913, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
II-196620.0
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Au XIXe siècle, les entreprises commerciales canadiennes sont plus souvent qu'autrement des affaires de famille d'envergure locale. Il n'existe alors qu'une poignée de grandes sociétés, comme la vénérable Compagnie de la Baie d'Hudson. L'avènement du chemin de fer a favorisé l'émergence d'entreprises à grande échelle (à l'instar du Canadien Pacifique durant les années 1880) qui requièrent de forts volumes de capitaux et une administration spécialisée. Il faut faire miroiter ces débouchés canadiens à des investisseurs éloignés - à New York et à Londres, par exemple -et embaucher des gestionnaires d'expérience - des ingénieurs et des comptables - pour exploiter de nouveaux secteurs d'activité aussi diversifiés que les textiles et la transformation des métaux.

Le « chef d'industrie » ou « capitaliste » assume cette fonction essentielle. Considérés comme les créateurs de la prospérité nationale, les chefs d'industrie deviennent les héros de l'époque. Des villes portent leurs noms ; par exemple Revelstoke, en Colombie-Britannique, d'après le banquier investisseur lord Revelstoke (1828-1892). Les politiciens portent ces hommes en haute estime. Certains capitalistes sont faits chevaliers comme l'exploitant d'abattoirs torontois sir Joseph Flavelle (1858-1939). En 1902, Frederick W. Thompson de Montréal s'unit au magnat de l'industrie de la télégraphie Charles Hosmer (1851-1927) pour acheter et restructurer les minoteries Ogilvie en une vaste société minotière à intégration verticale.

Quoi:

Suivant les traces d'entreprises américaines comme C. A. Pillsbury & Co, Ogilvie tire profit de la mécanisation de la mouture et commercialise son produit de grande qualité au moyen de stratégies de publicité et de marquage. Les différentes classes de farine - surfine, fine, grossière et son - trouvent leur place dans le secteur émergent des arts ménagers, en offrant des aliments fiables et nutritifs à la société urbaine industrielle.

Où:

Ogilvie, autrefois une entreprise familiale, devient sous la direction de Frederick W. Thompson une société à intégration verticale, qui exerce ses activités depuis les champs de blé de l'Ouest en passant par les élévateurs à grain de Fort William (aujourd'hui Thunder Bay) jusqu'aux minoteries et enfin à la vente au détail de la farine.

Quand:

À la fin du XIXe siècle, l'électricité et la mécanique de précision révolutionnent l'industrie de la mouture des grains. Des meuleuses, des rouleaux et des sasseurs remplacent les meules de pierre. Le baril de farine cède la place à une farine classée et empaquetée comme la « Royal Household » d'Ogilvie, nom de marque qui tire parti de la nomination d'Ogilvie en 1913 au titre officiel de « meunier du roi ». Les exportations canadiennes de farine grimpent en flèche pour atteindre 29 millions de boisseaux en 1919

Qui:

Frederick W. Thompson (né en 1862) qui a commencé sa carrière comme commis de banque à Montréal, entre au service d'Ogilvie à Winnipeg en tant que gestionnaire, puis achète l'entreprise en 1902. À titre de directeur général, il deviendra un expert du développement de l'Ouest canadien et il sera invité à faire partie des conseils d'administration de nombreuses banques et sociétés d'assurance et d'énergie. Il est bien vu pour les chefs d'industrie de s'impliquer dans la vie sociale, c'est pourquoi Thompson appuie différents hôpitaux, clubs de hockey et organismes de charité.

II-156536
© Musée McCord
Photographie
Max Aitken, devenu Lord Beaverbrook, Montréal, QC, 1905
Wm. Notman & Son
1905, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
17 x 12 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
II-156536
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Durant le boom industriel du début du XXe siècle au Canada, on voit toujours plus grand. La production de masse, le marché national en expansion et les technologies qui permettent de réaliser des économies, tout cela contribue à favoriser la fusion de plusieurs petites entreprises en vue de former de plus grandes sociétés ou, comme on les appelle aussi, des conglomérats. Il existe deux types de fusions. Avec la fusion verticale, une entreprise peut s'approprier toutes les phases de production, depuis la production primaire (par exemple l'extraction du minerai brut) jusqu'à la production finale (par exemple la fabrication de produits finis comme les clous). La fusion horizontale permet à une entreprise de prendre le contrôle de sociétés du même secteur économique (un détaillant absorbe ses concurrents qui vendent le même produit ou des produits similaires).

« La vogue des fusions » atteindra son point culminant entre 1909 et 1913, avec 97 fusions totalisant un actif de 200,7 millions de dollars. Des entreprises comme la Steel Company of Canada (Stelco), la Canada Cement, la Canadian Locomotive et la Canada Steamship sont le produit de fusions réalisées durant cette brève période. Des financiers dynamiques comme le Montréalais Max Aitken coordonne ces fusions, pour lesquelles ils touchent souvent d'énormes commissions en vendant des « actions surévaluées » de la nouvelle entreprise (des actions qui gonflent la valeur réelle de l'actif). En 1910, le gouvernement adopte des mesures législatives afin d'enquêter sur les répercussions des conglomérats sur la concurrence.

Quoi:

La vogue des fusions favorise la création de grandes sociétés canadiennes à dimension nationale. On ajoute habituellement des mots comme « canadien » ou « dominion » à la nouvelle raison sociale pour suggérer l'envergure de la nouvelle entreprise. Ces sociétés créent aussi une classe de valeurs industrielles pour les investisseurs - il s'agit d'actions et d'obligations d'entreprises industrielles. Jusque-là, les opérations d'investissement se limitaient aux chemins de fer et aux obligations d'État.

Où:

La tendance aux fusions renforce le statut de l'Ontario et du Québec comme centre industriel du pays. La promotion financière de ce type d'entreprises se fait aussi à partir de Montréal et de Toronto. Le pouvoir de la rue Saint-Jacques et de Bay Street engendrera au cours des décennies qui suivront un profond ressentiment dans l'Ouest et dans les provinces Maritimes canadiennes.

Quand:

Le Canada n'est pas le seul pays à privilégier les fusions industrielles. Au début du XXe siècle, on voit aussi apparaître d'énormes conglomérats industriels aux États-Unis - General Motors, par exemple - et en Europe. L'élimination des trusts devient un objectif de l'administration du président américain Theodore Roosevelt (1901-1909).

Qui:

Originaire de Maple, en Ontario, Max Aitken (1879-1964) est d'abord un garçon pauvre et peu instruit. Il commence sa carrière commerciale comme vendeur à domicile d'obligations dans les Maritimes et accède au cercle fermé de la haute finance montréalaise en 1902. Son rôle d'orchestrateur des fusions de Stelco et de la Canada Cement lui permet de réaliser un copieux bénéfice, mais ses méthodes retorses lui attirent des critiques. En 1910, il quitte le Canada pour l'Angleterre, où il s'engage en politique en devenant membre du Cabinet durant la Première Guerre mondiale, puis lance une lucrative chaîne de journaux britanniques à grand tirage. Fait chevalier en 1911, il devient lord Beaverbrook en 1917.

MP-0000.2345.11
© Musée McCord
Estampe
Résidence de Herbert Holt, Montréal, QC, vers 1890, copie réalisée vers 1909
Anonyme - Anonymous
Vers 1890, copié en 1909, 19e siècle
Encre sur papier
12 x 17 cm
MP-0000.2345.11
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Le boom économique au Canada durant les années 1896 à 1919 engendre une génération de magnats millionnaires qui affichent leur réussite commerciale en se faisant construire de somptueuses résidences à Montréal, à Toronto et dans les nouvelles villes de l'Ouest. À Montréal, le « Mille carré doré », superbe enclave verdoyante située sur le flanc sud-ouest du mont Royal, symbolise l'opulence des nouveaux riches du Canada. Des architectes comme Edward (1867-1923) et William (1874-1952) Maxwell conçoivent de magnifiques demeures pour l'élite et prêtent leur talent à la construction de galeries d'art et de propriétés à la campagne. La résidence du magnat des services publics et président de banque [object=II-88214]Herbert Holt[/object], rue Stanley, incarne l'histoire d'un pauvre garçon irlandais qui a bâti sa fortune dans le Nouveau Monde.

À proximité du mille carré doré, dans des quartiers comme Saint-Henri et Griffintown, la classe ouvrière montréalaise vit dans des conditions tout autres. En 1897, le réformateur social Herbert Ames (1863-1954) rapporte que les ouvriers pauvres de ces secteurs, majoritairement des Irlandais et des Canadiens français, s'entassent à 300 sur un acre et enregistrent un effarant taux annuel de 35,5 décès par millier d'habitants. Ames appelle ce secteur la « ville au pied de la Montagne » et rédige des articles dans les journaux pour préconiser une réforme sociale.

Quoi:

Le style ostentatoire de l'élite commerciale montréalaise donne le ton au pays dans le domaine de la culture. Les frères Maxwell se voient confier la conception des édifices de l'Assemblée législative de la Saskatchewan, de la gare du Canadien Pacifique de Winnipeg et du Musée des beaux-arts de Montréal.

Où:

Le contraste entre l'opulence du Mille caré et les conditions sordides dans lesquelles vivent les habitants de la « ville au pied de la Montagne » fait ressortir les inégalités qu'apporte la nouvelle ère industrielle urbaine au Canada. En l'absence d'un impôt sur le revenu et à la faveur d'une réglementation économique gouvernementale quasi inexistante, les riches continuent de s'enrichir tandis les pauvres restent pauvres.

Quand:

La nouvelle richesse entraîne les premières revendications de réforme sociale au Canada et, en 1900, le gouvernement crée un ministère du Travail.

Qui:

D'origine irlandaise, Herbert Holt (1854-1941) émigre au Canada et fait fortune comme entrepreneur ferroviaire pour le Canadien Pacifique. Anticipant la croissance urbaine et industrielle au Canada, il se tourne vers la production d'énergie électrique et les services publics urbains tels que les tramways, et se livre aux tractations financières qui sous-tendent ces activités. Il devient président de la Banque Royale ainsi qu'un prolifique administrateur. Nombreux sont ceux qui le considèrent comme l'homme le plus riche au Canada.

MP-0000.587.56
© Musée McCord
Photographie
Exposition d'automobiles, Montréal, QC, vers 1914
Anonyme - Anonymous
Vers 1914, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
20 x 25 cm
Achat de Mr. Fritz Arnold
MP-0000.587.56
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Le Canada entame à cheval la période de 1896 à 1919 et la termine sur des roues -roues de train, de trolleybus et d'automobile. La technologie automobile révolutionne la vie quotidienne et le monde des affaires au Canada. Les carrossiers canadiens essaient de survivre à cette transition en remplaçant la fabrication des carrosses par celle des automobiles. La plupart d'entre eux - Russell, Tudhope, Gray-Dort - échoueront puisque des sociétés américaines s'accaparent rapidement le marché de la construction des véhicules automobiles au Canada. En 1904, les voitures Ford sont d'abord construites à Windsor, juste à l'intérieur des frontières afin d'échapper aux tarifs douaniers élevés du Canada sur les voitures importées. Oshawa suit en 1907 avec Buick. Les entreprises américaines dominent bientôt l'industrie automobile canadienne.

La construction automobile stimule la production en série, la spécialisation de la main-d'oeuvre et du personnel d'encadrement ainsi qu'une commercialisation dynamique. Alors qu'en 1904, on trouve seulement 500 véhicules automobiles au Canada, en 1919, on en compte 342 400. La révolution automobile aura de multiples répercussions. En 1914, le Québec crée un ministère de la Voirie ; un an plus tard, on inaugure la première route revêtue au Canada entre Toronto et Hamilton. Les provinces perçoivent des taxes d'immatriculation des voitures et en même temps, elles réclament à Ottawa des fonds pour le revêtement des routes.

Quoi:

L'automobile est une mécanique de haute précision comportant des milliers de pièces qui doivent être assemblées avec minutie. Elle requiert aussi un ensemble complexe de services de soutien : concessionnaires, stations-service et pièces de rechange.

Où:

La fabrication et l'achat des automobiles sont concentrés au centre du Canada - en 1919, on recense 145 000 véhicules en Ontario. La construction automobile favorise une production nouvelle dans plusieurs autres secteurs d'activité - caoutchouc, produits chimiques, pétrole.

Quand:

En 1922, la famille Billes de Hamilton fonde une entreprise de pièces d'auto qui deviendra plus tard La Société Canadian Tire.

Qui:

Quelques-unes des plus grandes fortunes canadiennes se sont bâties sur la construction et la vente d'automobiles. Le magnat néo-brunswickois K.C. Irving (1899-1992) a commencé sa carrière en vendant des voitures Ford.

MP-1982.69.3
© Musée McCord
Photographie
Vérification des machines, Berliner Gramophone Company, Montréal, QC, 1910
1910, 20e siècle
Gélatine argentique
12.7 x 17.8 cm
MP-1982.69.3
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

L'ère de la production en série annonce celle de la culture de masse. Les cinémas - il y en a 907 en 1930 - et les enregistrements musicaux donnent aux Canadiens la possibilité de se divertir lorsqu'ils le désirent. C'est à partir de l'invention du gramophone par Thomas Edison, en 1877, que s'engage une bataille technologique pour la création du meilleur système d'enregistrement. Emile Berliner (1851-1929), Allemand d'origine, met au point un système qui consiste à recouvrir un disque de zinc d'une couche de cire (« [object=MP-1982.69.8]laquer[/object] ») -- pour y tracer le dessin des ondes sonores avant de le graver dans le disque au moyen d'un acide. L'enregistrement qui en résulte est ensuite transposé sur un disque de caoutchouc vulcanisé qu'on fait jouer sur une plaque tournante mue par un moteur électrique. Les gramophones Berliner, bon marché et très sonores, sont populaires.

En 1899, Berliner établit une manufacture à Montréal. Il ouvrira plus tard un studio d'enregistrement afin de permettre à des Canadiens d'enregistrer leur propre musique.

Quoi:

L'appareil de Berliner, utilisant des disques, était meilleur marché et plus facile à ranger que la machine à enregistrer sur cylindre d'Edison. Des batailles juridiques et publicitaires particulièrement violentes éclatèrent autour de la propriété des brevets liés aux premiers appareils d'enregistrement.

Où:

La Berliner Gramophone Company of Canada est incorporée en 1904, parce que les lois canadiennes sur les brevets ne protègent un inventeur que s'il fabrique son produit au Canada.

Quand:

L'enregistrement le plus ancien qui soit conservé au Canada date de 1888, lorsque le gouverneur général, lord Stanley, utilise un appareil à enregistrer pour envoyer un message au président des États-Unis.

Qui:

Emile Berliner et son fils Herbert ont lancé une série d'enregistrements canadiens « His Master's Voice » (La voix de son maître), en anglais et en français. En 1924, la concurrence très vive entraînera la mainmise la société américaine Victor sur la société Berliner.

MP-0000.25.913
© Musée McCord
Photographie, diapositive sur verre
Tracteur tirant des grumes, Sask., vers 1915
Anonyme - Anonymous
Vers 1915, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
8 x 10 cm
Don de Mr. Stanley G. Triggs
MP-0000.25.913
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

La capacité déterminante du Canada à exporter des matières premières a longtemps reposé sur la force musculaire : des hommes avec leurs cognées dans les forêts et de robustes chevaux dans les champs. Désormais, des moteurs à combustion interne facilitent le travail et stimulent la productivité et les exportations. À la campagne, on voit de plus en plus de tracteurs mus par un moteur à essence ou au kérosène et portant des noms tels que Fordson, Waterloo Boys et Bates Steel Mule. Dans les années 1910, un tracteur se vend entre 800 $ et 1 200 $, soit environ le prix de cinq à sept chevaux de trait. Cependant, le tracteur n'accomplit que le travail de quatre chevaux et ne se nourrit pas d'avoine cultivée sur place. Par conséquent, l'usage du tracteur se répand lentement. En 1921, il en a 47 455 au Canada, dont 38 485 dans les Prairies. La mécanisation pave la voie à l'« agro-industrie ».

Le moteur à combustion interne fait rapidement son apparition dans les forêts et le long des quais. Les tracteurs et les tracteurs à chenilles remplacent les chevaux pour le halage des grumes hors de la forêt ; des tronçonneuses au pétrole commencent à remplacer les haches et les scies. Déjà, quelques bateaux de pêche sont munis de moteurs hors-bord.

Quoi:

La mécanisation s'étend bien au-delà de la simple énergie motrice. Les fabricants canadiens de machinerie, comme Massey-Ferguson en Ontario, proposent aux agriculteurs des moissonneuses-batteuses et des lieuses alimentées en énergie par le tracteur qui les tire. L'acier trempé rend ces instruments plus résistants et plus durables.

Où:

La mécanisation est un phénomène d'envergure nationale, mais elle est plus apparente dans les Prairies : des exploitations plus grandes, des dettes plus lourdes et une accentuation du recours à la monoculture sont, dans bien des cas, les effets les plus directs de l'avènement du tracteur.

Quand:

Grâce à la mécanisation, qui s'étend de la machinerie des élévateurs à grain aux déchiqueteuses de bois des usines de pâte à papier, le Canada se hisse entre 1896 et 1919 au rang des grands producteurs mondiaux de produits agricoles et de pâtes et papiers.

Qui:

La demande en outillage mécanique stimule la croissance de la grande industrie dans le Canada central. La compagnie ontarienne Massey-Harris, créée en 1871 à la suite d'une fusion, est à la fine pointe de la conception de machinerie agricole et de tracteurs. Ses produits sont exportés dans tout l'Empire britannique.

MP-1979.137.5001
© Musée McCord
Photographie
Rue Upper Wyndham, Guelph, Ont., 1905
Nerlich & Company
1905, 20e siècle
Gélatine argentique
7 x 15 cm
MP-1979.137.5001
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

L'électrification des villes, au Canada, est accomplie au cours des premières décennies du XXe siècle. L'éclairage des villes, les appareils domestiques et la machinerie industrielle sont branchés à des réseaux qui transportent le courant depuis des centrales hydroélectriques comme celles de Niagara et de Shawinigan ou encore des centrales thermiques. Les tramways électriques modifient les habitudes et la géographie urbaines. Les villes du XIXe siècle étaient des villes pour piétons où les citadins habitaient près de leur lieu de travail. Les tramways favoriseront le développement des banlieues et, par conséquent, la ségrégation des classes sociales selon les quartiers. En 1911, 83,9 % de la main-d'oeuvre torontoise fait un aller-retour quotidien par tramway.

Les services publics tels que le transport en commun et la distribution d'énergie exigent une importante capitalisation. Les promoteurs prétendent qu'il s'agit de « monopoles naturels » nécessitant des privilèges monopolistiques de longue durée. Des capitalistes tels que le Torontois William Mackenzie bâtissent leur fortune à partir des boîtes de perception des tramways. Leurs adversaires soutiennent qu'il est préférable d'en faire une propriété publique ; en 1921, la commission de transport de Toronto est fondée afin de faire valoir la propriété publique des tramways.

Quoi:

Le tramway est une voiture de passagers autonome, alimentée en électricité par un réseau aérien et des conduits sous-terrains. Des sociétés canadiennes telles que l'Ottawa Car Company construisent jusqu'en 1940 des tramways conçus en fonction du climat canadien.

Où:

Le premier système de transport par tramway électrique au Canada est inauguré en 1886, en Ontario. Il est bientôt suivi par ceux de Vancouver en 1890, de Winnipeg en 1891, de Toronto et de Montréal en 1892. En 1914, 48 villes du Canada possèdent un système de transport par tramway.

Quand:

Les tramways amènent les Canadiens à débattre des avantages respectifs de l'entreprise privée et de la propriété publique. La compagnie de tramways de Guelph, fondée en 1895 par le brasseur George Sleeman (1841-1926), est acquise par la ville en 1905 à titre d'entreprise « du peuple ».

Qui:

Le promoteur de tramways torontois William Mackenzie (1849-1923), qui bâtit sa fortune sur les profits des tramways et reçoit le titre de lord, exportera plus tard l'expertise canadienne en matière de tramways en Espagne et en Amérique latine.

1993-437
Cet artefact appartient au : © Musée acadien de l'université de Moncton
Boîte d'amorces pour cartouches, vers 1919
Don de Joseph (Joe) Allain
1993-437
Cet artefact appartient au : © Musée acadien de l'université de Moncton

Clefs de l'histoire:

Après presque deux décennies de croissance ininterrompue, l'économie canadienne plonge en 1913 dans une récession. Lorsque la demande globale pour les produits canadiens diminue, la demande industrielle au pays se met bientôt à ralentir. Le chômage s'accroît et les investissements ralentissent. Ainsi, en 1914, la guerre devient un stimulant économique. La confiance que la guerre sera de courte durée fait bientôt place à la réalité de la « guerre totale » - une guerre qui reposerait tout autant sur les épaules des ouvriers d'usine que sur celles des soldats.

De 1914 à 1918, l'industrie canadienne convertit sa capacité de production dans les secteurs des métaux et des produits chimiques afin de produire des obus, des explosifs et des armes. Au début, l'entreprise privée est censée relever le défi, mais des scandales à propos de la qualité médiocre des produits et de la cupidité des entrepreneurs suscitent la création, en 1915, de la Commission impériale des munitions, chargée de surveiller toute la production de munitions. En 1920, elle a dépensé 1,25 milliard de dollars pour produire 65 millions d'obus, 49 millions de caisses de cartouches, 88 navires, 2 900 avions et une montagne d'explosifs.

Quoi:

Une amorce est une petite charge explosive servant à déclencher une explosion plus forte dans un obus ou une bombe.

Où:

Une très grande partie de la fabrication canadienne de munitions est faite dans le Canada central. Canadian Industries Limited, un conglomérat de produits chimiques établi à Montréal, appartient conjointement à la société américaine DuPont et à la société britannique Imperial Chemicals Ltd. Pendant la guerre, l'entreprise fonctionne sous le nom de Canadian Explosives Limited.

Quand:

En 1915, la création de la Commission impériale des munitions est acceptée comme une incursion nécessaire du gouvernement dans l'économie de marché, mais qui prendra fin en même temps que la guerre. La commission doit modérer les profits et assurer l'efficacité de l'industrie. Elle sera à l'avant-garde de la fabrication de nouveaux produits ; ses « usines nationales » construisent le premier avion produit en série : le Curtis JN-4 ou « Curtis Jenny ».

Qui:

L'entrepreneur en salaison Joseph Flavelle (1858-1939) est nommé à la tête de la Commission impériale des munitions. En dépit d'accusations non prouvées de profit illicite, Flavelle fait en sorte que les munitions canadiennes soient acheminées aux soldats en Europe. Flavelle reçoit la dignité de lord en 1917 ; parlant de lui, ses détracteurs se plaisent à déformer le terme lordship et à dire : « his lardship ».

MP-0000.2082.6
© Musée McCord
Photographie
Femmes au travail, International Manufacturing Co., Montréal, QC, 1914-1918
Black & Bennett
1914-1918, 20e siècle
Gélatine argentique
17 x 24 cm
De Anglin-Norcross Limited
MP-0000.2082.6
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

À la fin de 1918, plus d'un million de Canadiens, principalement des hommes, portent l'uniforme militaire, ce qui constitue une réalisation stupéfiante pour une nation de 8,1 millions d'habitants. Pour chaque soldat, cependant, on compte un ouvrier de moins dans les usines. En 1915, la demande en main-d'oeuvre de l'économie de guerre oblige les employeurs à recruter des femmes pour les emplois traditionnellement occupés par des hommes. Les femmes prennent rapidement la place des hommes dans les emplois de bureau et dans les banques, et assurent la relève dans d'autres emplois de services tels que la conduite des tramways. Puis on les fait entrer à l'usine. En 1917, plus de 35 000 femmes travaillent dans les usines de munitions du Canada central.

Dans ces usines, le salaire est beaucoup plus élevé que le salaire moyen du secteur manufacturier, mais les femmes ne gagnent qu'entre 50 % et 83 % de ce que reçoivent les hommes pour le même travail. Les heures sont longues : 13 à 14 heures par jour. Les femmes représentent l'armée de réserve de la main-d'oeuvre qui regagnera ses foyers une fois la guerre terminée.

Quoi:

Les femmes sont généralement employées à des travaux manuels exigeant vitesse et dextérité tels que la pose des mèches dans les obus ou celle des amorces dans les cartouches.

Où:

Dans les provinces de l'Ouest, les femmes prennent la relève dans les travaux agricoles, alors que la majeure partie de l'emploi féminin dans l'industrie de guerre se trouve dans le Canada central. La plupart de ces travailleuses sont de jeunes célibataires. En Ontario, le YWCA (Young Women's Christian Association) s'organise pour chaperonner les « filles » qui travaillent dans les usines en ouvrant des cantines et des résidences à leur usage.

Quand:

L'arrivée des femmes dans des emplois liés à l'effort de guerre et jusqu'alors occupés par des hommes coïncide avec la première vague du féminisme, le mouvement des femmes hors de la sphère domestique et dans le monde du travail industriel. Si les femmes sont capables de fabriquer des munitions, elles doivent aussi être capables de voter. L'Ontario sera la cinquième province à accorder ce droit aux femmes, en 1917.

Qui:

De nombreuses Canadiennes participent à l'économie informelle de ce temps de guerre, dans des organismes comme la Croix-Rouge et le War Council of Women : elles tricotent des vêtements et préparent des bandages et des colis de nourriture pour les « gars du front ». Un petit nombre de Canadiennes ont porté l'uniforme à titre d'infirmières et d'ambulancières.

VIEW-17112
© Musée McCord
Photographie
Chargement de farine sur un navire de remplacement belge, Montréal, QC, 1917
Wm. Notman & Son
1917, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-17112
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

La guerre en Europe crée une mine d'or pour l'exportation canadienne. La nouvelle capacité industrielle du pays a été durement touchée par la récession de 1913, mais la guerre a rapidement ravivé la demande pour les produits manufacturés. Les munitions viennent en tête, mais d'autres articles, depuis les vêtements jusqu'aux aliments transformés, sont bientôt expédiés à nos alliés en Europe. Avant 1913, seulement 7 % des produits manufacturés du Canada étaient vendus à l'étranger ; entre 1916 et 1918, période durant laquelle les exportations augmentent de manière extraordinaire, ce pourcentage s'élève à 40 %. La majeure partie de ce commerce est négociée entre les gouvernements, mais certaines exportations prennent la forme d'une aide humanitaire offerte librement par des citoyens canadiens. Le secours aux Belges caractérise cette ferveur patriotique : la « pauvre petite Belgique » devait être nourrie. De telles exportations nuancent l'idée traditionnelle selon laquelle la main-d'oeuvre militaire représente la plus importante contribution à la Première Guerre mondiale ; le flux ininterrompu d'exportations indique la présence d'un autre type d'effort de guerre, moins visible.

Quoi:

Ce cargo, où l'on charge de la farine dans le port le plus achalandé du Canada, est clairement identifié comme un navire de secours destiné aux Belges, afin que les U-Boat allemands reconnaissent et respectent son objectif humanitaire.

Où:

Le plus grand marché d'exportation du Canada demeure la Grande-Bretagne. En 1916, 452 millions de dollars d'exportations sur l'ensemble des exportations, d'une valeur de 779 millions de dollars, vont en Grande-Bretagne. Au cours des années 1920, les États-Unis supplanteront la Grande-Bretagne comme premier partenaire commercial du Canada.

Quand:

La capacité d'exportation de farine du Canada se trouve renforcée à la fin du XIXe siècle, grâce à l'émergence des techniques modernes de meunerie que maîtrisent les entreprises montréalaises comme Ogilvie Flour.

Qui:

Les contributions au Fonds de secours aux Belges, en nature et en espèces, viennent des gouvernements provinciaux, de sociétés, d'écoliers, de groupes de femmes et d'agriculteurs.

VIEW-4502
© Musée McCord
Photographie
Logements de compagnie, usine de pâte Laurentide, Grand-Mère, QC, vers 1908
Wm. Notman & Son
Vers 1908, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-4502
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Comme il faut installer les industries là où se trouvent les ressources et les sources énergétiques, les industriels sont amenés à créer des villes souvent très éloignées des centres urbains où se trouve le gros de la main-d'oeuvre. Pour attirer et retenir les travailleurs, les entreprises mettent sur pied des communautés où ils logent les ouvriers et leur offrent les nécessités courantes de la vie : écoles, hôpitaux, magasins, patinoires, etc. Un tel paternalisme a aussi l'avantage de rendre l'ouvrier redevable envers son employeur et, ainsi, de limiter le pouvoir des syndicats ouvriers.

Fondée en 1877, la Laurentide est le plus gros fabricant de papier journal au Canada durant les années 1898-1919. Située dans la vallée de la rivière Saint-Maurice, la Laurentide établit une « ville de compagnie » (ou ville industrielle) pour ses ouvriers. Non loin de là, Shawinigan est elle aussi une ville de compagnie.

Quoi:

L'architecture des villes de compagnie reflète la hiérarchie au sein de l'entreprise qui possède la ville. Des maisons en rangée abritent les manoeuvres salariés, tandis que les contremaîtres et les directeurs se voient attribuer des maisons détachées plus spacieuses.

Où:

Les villes industrielles se multiplient à la grandeur du Canada. Elles sont presque toujours associées à l'extraction et au traitement de ressources primaires. Iroquois Falls (Ontario), Noranda (Québec), Powell River (Colombie-Britannique) et Corner Brook (Terre-Neuve) ont toutes été créées à titre de villes de compagnie.

Quand:

Les villes de compagnie sont le symptôme classique d'un pays dont la croissance repose sur le développement de matières premières de consommation courante. À l'époque du commerce des fourrures, des colonies comme Fort Churchill poussaient comme des champignons. À l'ère nucléaire, on construira la ville industrielle de Chalk River, en Ontario, pour soutenir l'industrie canadienne naissante de l'énergie atomique. La carte du Canada est parsemée de villes industrielles disparues.

Qui:

Les sociologues prétendent que les habitants d'une ville industrielle sont sujets à des pressions inhabituelles : l'isolement, la dépendance à l'égard d'une seule ressource économique et l'uniformité créée par un milieu où tout le monde travaille pour le même employeur.

VIEW-21089
© Musée McCord
Photographie
Bureau, Montréal, QC, 1924
Wm. Notman & Son
1924, 20e siècle
Gélatine argentique
19 x 24 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-21089
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

La spectaculaire expansion, en étendue et en importance, de l'industrie canadienne durant le boom des années Laurier exige une coordination inégalée jusqu'alors dans l'activité économique du Canada. Les formalités administratives, la planification et l'analyse deviennent des aspects primordiaux de la gestion d'une entreprise. Le bureau moderne, peuplé de gestionnaires et de commis qui coordonnent et consignent l'activité productive de l'entreprise, naît dans les premières années du XXe siècle. Les bureaux des entreprises supervisent l'achat de matériel, la production, la commercialisation du produit et les ressources humaines de la société. Ils déterminent les calendriers de production, les taux de salaire et les bénéfices. Pour simplifier ce travail, ils s'équipent de nouvelles machines : machine à additionner, adressographes, machines à écrire. Le travail de bureau connaît une croissance phénoménale. En 1901 et 1911, la population du Canada augmente de 34,2 %, mais le métier d'employé de bureau connaît une croissance de 80,9 % pour atteindre 103 543 personnes.

Quoi:

Les bureaux des entreprises sont à la fine pointe de la nouvelle technologie. Inventée au XIXe siècle, la machine à écrire est perfectionnée au début du XXe siècle. On emploie dorénavant la méthode des dix doigts sur des machines à écrire qui comportent des barres d'espacement, des claviers QWERTY et des rubans continus. La dactylographie est considérée comme une activité féminine ; des services de dactylographie sont mis en place dans les bureaux afin d'offrir un service centralisé.

Où:

La révolution du travail de bureau au Canada s'inspire largement de l'expérience et de la bureautique américaines. Des « experts en productivité » et des conseillers en affaires montrent aux entreprises comment organiser leurs bureaux.

Quand:

En 1910, Bell Telephone à Montréal crée une structure par services au sein de son siège social : comptabilité, main-d'oeuvre, achats, etc. En 1921, 41,8 % des employés de bureau au Canada sont des femmes. Le bureau d'affaires est considéré comme un lieu de travail particulièrement adapté aux compétences féminines - la propreté, l'ordre et la répétition sont vues comme des qualités féminines. Le bureau est aussi un environnement protégé où les jeunes femmes peuvent accéder au monde du travail.

Qui:

Les employés de bureau deviennent une catégorie dans l'ensemble du pays. Une fois formé et classé comme dactylo ou employé aux écritures, un commis de bureau peut se déplacer partout au pays et s'intégrer rapidement aux activités courantes de n'importe quel bureau.

N-0000.25.261
© Musée McCord
Photographie, diapositive sur verre
Machine pouvant tester des pièces de 100 tonnes, pavillon Macdonald des sciences, Université McGill, Montréal, QC, vers 1895
Wm. Notman & Son
Vers 1895, 19e siècle
Plaque sèche à la gélatine
8 x 8 cm
Don de Mr. Stanley G. Triggs
N-0000.25.261
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

L'essor industriel que connaît le Canada entre 1896 et 1919 fait partie de la deuxième révolution industrielle, fruit d'une rencontre prolifique entre les besoins économiques et les découvertes scientifiques. La chimie et les sciences physiques sont appliquées à de nouveaux procédés industriels comme la fonderie d'aluminium et l'hydroélectricité. Les contrôles et mises à l'essai scientifiques des nouveaux matériaux et des machines deviennent un préalable essentiel de l'industrie. Les ingénieurs cessent d'être des bricoleurs empiriques pour devenir des professionnels formés au processus scientifique. En 1887, la Société canadienne d'ingénieurs est créée. Au cours des années et jusqu'en 1922, environ 66 % de ses membres travaillent pour l'entreprise privée. Les universités canadiennes répondent à ce besoin en créant des facultés de génie. Dans les laboratoires de ces écoles, on teste les nouveaux matériaux. Le terme « génie appliqué » est utilisé pour décrire l'art du génie moderne.

Quoi:

L'invention du béton produit en série coïncide avec l'expansion massive d'une société industrielle et urbaine au Canada. Le béton permet de construire les premières autoroutes pour les voitures, des barrages hydroélectriques gigantesques, des gratte-ciel et des bâtiments industriels en hauteur.

Où:

L'Université McGill à Montréal enseigne aux ingénieurs à partir des années 1850, mais n'accordera le diplôme de bachelier ès sciences qu'en 1889 ; c'est le département du génie civil et de l'arpentage qui accorde ce diplôme. Le magnat montréalais du tabac William Macdonald (1831-1917) finance la construction d'un bâtiment voué à l'enseignement du génie et à la recherche en 1893.

Quand:

Au XIXe siècle, la fabrication du béton est grandement perfectionnée. L'ajout de nouveaux ingrédients comme le gypse et le traitement à chaud dans des fours rotatifs rendent ce matériau plus résistant et meilleur marché. Des barres de fer sont enfouies dans le béton coulé pour lui permettre de soutenir ponts et gratte-ciel.

Qui:

En 1909, une fusion orchestrée par le financier Max Aitken (1879-1964) donne naissance à la Canada Cement Company de Montréal. Comme tous les gros producteurs de béton, cette vaste entreprise engrange les profits en réalisant des économies d'échelle grâce aux fours rotatifs qui fonctionnent sans interruption.

MP-0000.840.11
© Musée McCord
Impression
École des hautes études commerciales, carré Viger, Montréal, Qc, vers 1910
1906-1914, 20e siècle
Encre de couleur sur papier monté sur carton - Photolithographie
8 x 13 cm
Don de Mr. Stanley G. Triggs
MP-0000.840.11
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Au XIXe siècle, faire des affaires était une question d'instinct et de formation sur le tas. Cependant, la montée des entreprises à grande échelle, à forte intensité de capital et de main-d'oeuvre, oblige les gens d'affaires à se préoccuper plus des compétences de gestion du temps et de l'argent. On reconnaît la nécessité de barèmes normatifs permettant d'évaluer les compétences. On attend des travailleurs qu'ils se présentent avec des compétences déterminées, et des gestionnaires qu'ils soient capables d'allouer les capitaux et de répartir le travail en fonction de normes « scientifiques ». Les affaires deviennent une profession et la formation en affaires la porte d'entrée dans ce domaine.

Au départ, les universités s'opposent à l'idée de former des gens d'affaires ; les affaires sont un métier, pas un domaine de recherche intellectuel. Inspirées par des exemples américains (la Wharton School of Business de l'Université de Pennsylvanie, 1881, et la Harvard Business School, 1908), les universités canadiennes commencent à offrir un baccalauréat en commerce après la Première Guerre mondiale. C'est l'Université Queen's qui accorde le premier bachelor of commerce en 1919, et bientôt les universités McGill, Toronto et Western emboîtent le pas. AU Québec, des écoles polytechniques sont mises sur pied pour la formation des ingénieurs et l'École des Hautes Études commerciales (HEC), fondée en 1907 à Montréal grâce aux subventions fédérales, ouvre ses portes aux jeunes hommes d'affaires en devenir.

Quoi:

À mesure que le domaine des affaires gagne du prestige, il commence à attirer des penseurs. L'ingénieur américain Frederick W. Taylor (1856-1915) devient populaire en avançant que le travail peut être géré « scientifiquement », chacune des actions d'un travailleur étant mesurable et son résultat prévisible.

Où:

La formation en affaires s'étend bientôt à l'ensemble du pays. Des « écoles de commerce » privées, des écoles de formation provinciales et des diplômes universitaires en commerce offrent un vaste ensemble de possibilités à ceux qui aspirent à une carrière dans le monde des affaires. Des périodiques comme le Montreal Journal of Commerce diffusent cette culture moderne des affaires.

Quand:

En 1907, le gouvernement du Québec verse des subventions aux écoles polytechniques et à l'École des Hautes Études commerciales dans l'espoir de fournir à « nos manufacturiers des producteurs éduqués, des superviseurs qualifiés, des contremaîtres expérimentés et des travailleurs d'élite ».

Qui:

Les sociologues avancent que les sociétés industrielles modernes reposent sur les titres de compétences. Au cours des années 1896-1919, les Canadiens commencent à ajouter des titres de compétence à leur nom. Les grandes entreprises créent des services du personnel permettant de répartir les employés qualifiés selon les postes disponibles. Des organisations professionnelles sont mises sur pied (ex. la Dominion Association of Chartered Accountants, 1902).

m996x.2.512.1-2
© Musée McCord
Boite à bonbons
1920-1950, 20e siècle
6 x 22.2 x 12.8 cm
m996x.2.512.1-2
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Le passage du Canada à une société urbaine et industrielle au début au XIXe siècle élève la consommation au rang d'un indicateur économique de première importance. L'économiste américain Thorstein Veblen (1857-1929) avance que la « consommation ostentatoire ou de prestige » - le désir d'acheter des articles pour le plaisir ou pour le prestige social qu'ils procurent - est devenue le facteur déterminant d'une économie moderne. Créer des marques de produits et en faire la publicité sont les moyens privilégiés pour apprendre aux consommateurs à consommer. Les articles de luxe - ceux que l'on acquiert en plus des produits de première nécessité - n'étant consommés que quand les acheteurs en prennent la décision, la fidélisation des consommateurs doit être cultivée.

Prenons l'exemple des bonbons. En 1919, le Canada produit 245 861 kilos de bonbons. Les manufacturiers canadiens trouvent des manières innovatrices d'en promouvoir la vente. La famille Ganong de St. Stephen au Nouveau-Brunswick met au point la barre de confiserie emballée à la fin des années 1870 et construit une entreprise familiale qui offre au consommateur une collation sucrée et hygiénique. En 1913, Frank O'Connor (1885-1939) ouvre une confiserie rue Yonge, à Toronto, et donne à son produit la marque Laura Secord. Il présente ses confiseries comme des bonbons « faits maison comme dans le bon vieux temps » et donne à ses fabriques de chocolat le nom d'« ateliers ». Les premières agences de publicité comme McKim Advertising à Montréal aide les hommes d'affaires à convaincre le consommateur de la réputation d'un produit.

Quoi:

En 1920, les bonbons Laura Secord étaient fabriqués dans des « ateliers » - ce nom visait à occulter le fait que ces chocolats étaient produits en série - à Toronto et à Montréal. Les magasins de détail, où le personnel portait d'impeccables uniformes blancs, distribuaient les bonbons partout au pays.

Où:

Les villes représentaient les principaux marchés pour la confiserie. En 1923, André Vachon et sa femme Rose-Anna Giroux commencent à produire de petits gâteaux près de Québec. Ils les vendent de porte en porte sous le nom de marque « Jos. Louis ».

Quand:

La formation de l'image de marque de Laura Secord coïncide avec la montée du nationalisme canadien pendant et après la Première Guerre mondiale. Les boîtes de chocolat sont décorées de dessins patriotiques de la guerre de 1812, au cours de laquelle Laura Secord avait prévenu les autorités britanniques de l'imminence d'une attaque des Américains qui seront vaincus par le général Brock à Queenston Heights.

Qui:

Anson McKim (1855-1917), pionnier de la publicité au Canada, a montré le lien entre la publicité dans les journaux et la consommation d'un produit ainsi que la fidélisation des consommateurs. En 1911, l'agence de publicité de McKim à Montréal compte 150 entreprises parmi sa clientèle et ouvre bientôt des bureaux à Boston, New York et Londres. En 1915, McKim contribue à la formation de la Canadian Association of Advertising Agencies.

Conclusion:

Même si après la guerre en 1918, le Canada est devenu une société industrielle à part entière, certaines lacunes persistent. Le pays est engagé dans le commerce international, mais il ne peut bâtir ses propres navires. Il fabrique des chaudrons avec son propre aluminium, bâtit des gratte-ciel avec son propre acier et construit même des avions qui conviennent aux conditions du Nord. Le Canada a aussi sa classe d'hommes d'affaires, certains prospères, d'autres moins et d'autres encore qui rêvent de devenir lord Beaverbrook.

Cependant, l'année 1919 mettra en lumière l'aspect vulnérable du nouvel industrialisme canadien. Les marchés mondiaux connaissent une forte baisse et les tarifs de douane élevés qu'impose le pays ne peuvent soutenir la demande interne. Le chômage continue de sévir partout au pays jusqu'aux folles années 1920. Des conflits de travail minent l'industrie de l'acier au Cap Breton. La surcapacité nuit à l'industrie des pâtes et papier du centre du pays. Les disparités entre les régions industrielles commencent à se manifester. L'est et l'ouest se plaignent du fait que le centre du pays en contrôle le pouls industriel.

L'État ne peut pas faire grand-chose pour mettre un frein au ralentissement. Le Canada ne possède pas de mesure de contrôle efficace de la concurrence et des marchés boursiers. Les chômeurs doivent se débrouiller par eux-mêmes. Certaines entreprises font faillite et, à Ottawa, on réduit les dépenses. Le Canada découvre alors que l'industrialisation peut apporter à la fois l'abondance et la misère au pays.

Bibliograpie

Ames, Herbert B., The City below the Hill, University of Toronto Press reprint: Toronto, 1972

Ball, Norman, Building Canada: A History of Public Works, University of Toronto Press: Toronto, 1988

Beaulieu, Andre, Anson McKim entry, Dictionary of Canadian Biography, vol. XIV, University of Toronto Press, 1998

Bliss, Michael, "Canadianizing American business: the roots of the branch plant," in Closing the 49th Parallel: The Americanization of Canada, Ian Lumsden, ed., University of Toronto Press: Toronto, 1970

Bliss, Michael, Northern Enterprise: Five Centuries of Canadian Business, McClelland & Stewart: Toronto, 1987

Cook, R. & R. C. Brown, Canada 1896-1921: A Nation Transformed, McClelland & Stewart, 1974

Chandler, Alfred D., The Visible Hand: The Managerial Revolution in American Business, Belnap Press: Cambridge, Mass., 1977

"Electricity and Industrial Development in Central Canada," Plate #12, Historical Atlas of Canada, University of Toronto Press: Toronto, 1990

"Financial Institutions," Plate # 9, The Historical Atlas of Canada, vol. III, University of Toronto Press: Toronto, 1990

"The Grain-Handling System," Plate # 19, Historical Atlas of Canada, vol. III, University of Toronto Press: Toronto, 1990

Grant, Gail Cuthbert, "The Transformation of Women's Work in the Quebec Cotton Industry, 1920-50," in Bryan Palmer, ed., The Character of Class Struggle: Essays in Canadian Working Class History, McClelland & Stewart: Toronto, 1986

"The Great War," Plate #26, Historical Atlas of Canada, vol. III, University of Toronto Press: Toronto, 1990

Heron, Craig , Working in Steel: the Early Years in Canada, 1883-1935, McClelland and Stewart: Toronto, 1991

Leacock, Stephen, Arcadian Adventures of the Idle Rich, McClelland and Stewart reprint: Toronto, 1969

Linteau, P.A., Rene Durocher & J.C. Robert, Quebec: A History 1867-1929, Lorimer: Toronto, 1983

Lowe, Graham, Women in the Administrative Revolution: the Feminization of Clerical Work, Polity Press: Cambridge, 1987

Lucas, Rex, Minetown, Milltown, Railtown: Life in Canadian Communities of Single Industry, University of Toronto Press: Toronto, 1971

MacKay, Donald, The Square Mile: Merchant Princes of Montreal, Douglas and McIntyre:Vancouver, 1987

Marchildon, Gregory, Profits and Politics: Beaverbrook and the Gilded Age of Canadian Finance, University of Toronto Press: Toronto, 1996

Marshall, Herbert, Frank Southard Jr. & Kenneth Taylor, Canadian-American Industry, Toronto: Carleton Library reprint, McClelland and Stewart, 1976

McDowall, Duncan, Quick to the Frontier: Canada's Royal Bank, McClelland & Stewart: Toronto, 1993 (French version: Les editions de l'homme: Montreal, 1993)

McDowall, Duncan, Steel at the Sault: Francis H. Clergue, Sir James Dunn and the Algoma Steel Corporation, 1901 1956. University of Toronto Press: Toronto, 1984

McNally, Larry, "Roads, Streets, and Highways," in Norman Ball, Building Canada: A History of Public Works, University of Toronto Press: Toronto, 1988

Millard, J. Rodney, The Master Spirit of the Age: Canadian Engineers and the Politics of Professionalism, University of Toronto Press: Toronto, 1988

Millard, J. Rodney, The Master Spirit of the Age: Canadian Engineers and the Politics of Professionalism 1887-1922, University of Toronto Press: Toronto, 1987

Morgan, Henry, Canadian Men and Women of Their Time, Morgan: Toronto, 1912 edition. (An early Who's Who-style insight into the lives of Canadian leaders)

National Library of Canada, "A Brief History of Recorded Sound in Canada".

Norrie, Kenneth & Douglas Owram, A History of the Canadian Economy, Harcourt Brace Jovanovich Canada: Toronto, 1991

"Port Development in Halifax," Plate #25, Historical Atlas of Canada, vol. III, University of Toronto Press; Toronto, 1990

Prentice, Alison et al, Canadian Women: A History, Harcourt, Brace and Jovanovich: Toronto, 1988

"Resource Development on the Shield," Plate #16, Historical Atlas of Canada, vol. III, University of Toronto Press: Toronto, 1990

Roby, Yves, Les Quebecois et les investissements Americains 1918-1929, Les Presses de l'Universite Laval: Quebec, 1976

Rouillard, Jacques, Les travailleurs du coton au Quebec 1900-1915, Les Presses de l'Universite du Quebec: Montreal, 1974

Santinck, Joy L., Timothy Eaton and the Rise of his Department Store, University of Toronto Press: Toronto, 1990

Sime, Jesse, "Munitions!" in Sister Woman, Tecumseh Press: Ottawa, 1992

Sotiron, Minko, From Politics to Profit: The Commercialization of Canadian Daily Newspapers, 1890-1920, University of Toronto Press: Toronto, 1997

Storck, John & Walter Darwin Teague, A History of Milling: Flour for Man's Bread, University of Minnesota Press: Minneapolis, 1952

Taylor, Graham D. & Peter A. Baskerville, A Concise History of Business in Canada, Oxford University Press: Toronto, 1994

Thompson, John Herd, The Harvests of War: The Prairie West, 1914-1918, McClelland & Stewart: Toronto, 1978

Thornton, Harrison John, The History of the Quaker Oats Company, University of Chicago Press: Chicago, 1933

Traves, Tom, "The Development of the Ontario Automobile Industry to 1939," in Ian Drummond, Progress without Planning: The Economic History of Ontario, University of Toronto Press: Toronto, 1987

Wilson, Barbara, Ontario and the First World War 1914-1918: A Collection of Documents, University of Toronto Press: Toronto, 1977


© Musée McCord Museum