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Allô j'écoute ? Les 125 ans de Bell Canada

Claire Poitras, INRS-Urbanisation, Culture et Société

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Introduction:

Comment envisager une journée sans le téléphone ou sans l'accès à Internet ? Omniprésentes dans notre société, les télécommunications sont de puissants outils de sociabilité. Beaucoup de chemin a été parcouru depuis l'invention du téléphone au début des années 1870. Aujourd'hui, quelque 130 ans plus tard, l'actuel réseau transporte bien plus que la voix et nous donne accès à de nombreux services, y compris les services multimédias de pointe.

Depuis 1877, le téléphone fait partie de la vie des Canadiens. Avant les années 1920, il est destiné aux hommes d'affaires et aux ménages fortunés. Le téléphone entre dans le quotidien des gens au moment où le déploiement du réseau permet une plus grande utilisation du service. Constituée en société le 29 avril 1880, La Compagnie de Téléphone Bell du Canada joue un rôle fondamental dans le développement de l'industrie téléphonique au pays. Avec plus de 13 millions de lignes téléphoniques et plus de 40 000 employés en 2003, elle représente l'un des fleurons de l'économie du pays. En 125 ans, Bell Canada est devenue la plus grande entreprise de télécommunications du Canada. Son histoire est reliée à celle du pays et d'une technologie qui gomme les distances, accélère les échanges économiques, maintient les liens sociaux et familiaux et brise l'isolement des régions éloignées.

L'histoire du téléphone est indissociable de celle des métiers liés à son réseau. Depuis la fin du 19e siècle, une imposante équipe d'ingénieurs, de techniciens, de monteurs de lignes, de téléphonistes et d'employés de bureau est à l'oeuvre pour fournir les services de télécommunications. Au fil des décennies, les pratiques professionnelles se transforment graduellement pour répondre aux innovations technologiques qui se succèdent dorénavant à très grande vitesse. Ces changements bouleversent nos modes de communication : pensons à la commutation automatique et numérique, à la transmission sans fil, au réseau Internet et à la télévision par satellite. Mais que nous réserve l'avenir ? Avec l'avènement des services de voix sur IP (Protocole Internet), la révolution technologique est loin d'être terminée : par Internet passeront la voix et une gamme complète de services de communications qui simplifieront la vie des gens. La voie est ouverte à des possibilités inédites plaçant l'individu au coeur des nouvelles machines à communiquer.


BELL-15300
Cet artefact appartient à : © Bell Canada
Aquarelle
Alexander Graham Bell expliquant le fonctionnement du téléphone à son père en 1874, Brantford, Ont.
J.C.H. Forster
1962, 20e siècle
Collection historique Bell Canada
BELL-15300
Cet artefact appartient à : © Bell Canada

Clefs de l'histoire:

Une invention est née

Qui a inventé le téléphone ? À quelle fin ? Dans la seconde moitié du 19e siècle, l'idée du téléphone germe dans la tête de plusieurs inventeurs. Jusqu'à tout récemment encore, l'invention était attribuée à Alexander Graham Bell (Édimbourg, Écosse, 1847 - Baddeck, Canada, 1922) mais, depuis 2002, cette paternité est contestée par la Chambre des représentants des États-Unis qui en octroie désormais le crédit à Antonio Meucci selon une demande de brevet déposée en 1871. Meucci était un inventeur italo-américain, né le 13 avril 1808 à San Frediano près de Florence, en Italie, et mort le 18 octobre 1896 aux États-Unis.

Quoi qu'il en soit, le défi était le même pour tous ces inventeurs : comment transmettre la voix humaine à distance par l'électricité ? Pour sa part, Alexander Graham Bell fait des recherches pour communiquer avec les sourds. Cet intérêt pour la communication avec les malentendants découle de son histoire familiale, sa mère ayant perdu l'ouïe. Installé à Boston en 1873, Bell est professeur de physiologie vocale à l'université. Il y étudie les moyens de reproduire les sons et de les transmettre électriquement. L'invention qu'il met au point se distingue du télégraphe car le message transmis ne doit pas être décodé par un opérateur. En juillet 1874, A. G. Bell expose alors le principe du téléphone à son père, le phonéticien Alexander Melville Bell.

Poursuivant ses recherches, Bell développe un nouvel appareil avec son assistant Thomas Watson. Le 10 mars 1876, le téléphone transmet une phrase devenue désormais célèbre : " Monsieur Watson, venez vite ! ". Le 14 février Bell dépose à son tour une demande de brevet à l'Office des brevets aux États-Unis. Le 24 août 1877, le Bureau canadien des brevets octroie un brevet d'invention pour le téléphone à Alexander Graham Bell. L'inventeur, aujourd'hui contesté, cède alors 75 p. 100 de ses droits canadiens à son père Melville qui, avec l'aide de Thomas Henderson, met sur pied une entreprise en louant des appareils utilisés sur des lignes privées, c'est-à-dire construites par le client, et en octroyant des droits d'utilisation du téléphone à des entreprises de télégraphe.

Quoi:

Cette aquarelle de l'artiste canadien John C. H. Forster illustre un moment marquant de l'histoire du téléphone au Canada, alors que le fils Bell expose le principe du téléphone à son père.

Où:

La scène se déroule à la propriété de Melville Bell à Brantford en Ontario.

Quand:

Le principe derrière l'invention date de 1874 et l'invention est brevetée en 1876. Le téléphone est officiellement lancé en juin 1876 à l'occasion de l'Exposition du centenaire de la fondation des États-Unis à Philadelphie.

Qui:

Alexander Melville Bell est né à Édimbourg, en Écosse, en 1819 et décédé en 1905. Son fils Alexander Graham Bell est né en 1847 à Édimbourg, en Écosse, et décédé en 1922 dans sa maison d'été de Baddeck en Nouvelle-Écosse.

VIEW-1013.1
© Musée McCord
Photographie
La Côte du Beaver Hall en hiver, Montréal, QC, vers 1875
William Notman (1826-1891)
Vers 1875, 19e siècle
Sels d'argent sur papier monté sur papier - Papier albuminé
10 x 8 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-1013.1
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Les débuts de Bell Canada et le développement des villes canadiennes

À la fin du 19e siècle, les villes vivent d'importantes mutations économiques et démographiques. L'apparition des premiers gratte-ciel, l'arrivée des grands magasins, le développement des nouveaux quartiers résidentiels en périphérie, l'aménagement de vastes complexes industriels le long des axes de transport modifient de fond en comble l'espace urbain. Comment à la fois favoriser la concentration et la déconcentration des activités dans l'espace si on ne dispose pas d'un moyen efficace de communiquer à distance ? Permettant de relier plusieurs interlocuteurs et de communiquer à distance - c'est le principe du réseau - le téléphone est une technologie adaptée aux transformations des milieux de vie et de travail.

L'établissement d'entreprises téléphoniques est nécessaire à la diffusion de la nouvelle technologie. La Compagnie de Téléphone Bell du Canada, constituée en société le 29 avril 1880, joue un rôle fondamental dans l'histoire des télécommunications au pays. Entre 1880 et 1930, elle déploie ses activités dans les principales villes du centre du pays, en particulier à Toronto, Hamilton, Ottawa, Montréal et Québec.

Quoi:

Le chemin de la Côte-du-Beaver-Hall à Montréal est surnommé l'" allée des pilules " (Pill's Row) et Church Corner à la fin du 19e siècle en raison du nombre important de cabinets de médecins et d'églises qui s'y trouvent.

Où:

C'est en décembre 1884 que cette rue est nommée Côte-du-Beaver-Hall, une dénomination qui rappelle la présence de la résidence Beaver Hall, propriété du marchand de fourrures Joseph Frobisher.

Quand:

À la fin de 1880, Montréal est la plus branchée des villes canadiennes avec ses 546 appareils téléphoniques.

Qui:

La compagnie installera son siège social sur la Côte-du-Beaver-Hall en 1929.

MP-1989.15.16
© Musée McCord
Photographie
Édifice de la compagnie de Téléphone Bell, Côte du Beaver Hall, Montréal, QC, 1931 (?)
Walter Jackson
Probablement 1931, 20e siècle
Gélatine argentique
24 x 20 cm
Don de Mrs. Isherwood
MP-1989.15.16
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

La consolidation des activités de Bell Canada jusqu'en 1930

Fondée en 1880, La Compagnie de Téléphone Bell du Canada connaît une expansion phénoménale jusqu'en 1930. La première assemblée générale des actionnaires de la société a lieu à l'hôtel Queen de Toronto le 1er juin 1880. Trois personnes y assistent : Andrew Robertson, Charles Fleetford Sise et Hugh Cossart Baker. L'entreprise parvient petit à petit à racheter plusieurs entreprises concurrentes et à occuper le marché de la téléphonie urbaine au Québec et en Ontario.

Quelques mois avant le début de la crise économique de 1929, Bell inaugure son nouveau siège social à Montréal, qui est, à l'époque, le deuxième plus haut édifice de la ville. Plus de 2 000 employés travaillent dans ce gratte-ciel

Quoi:

Le nouveau siège social de La Compagnie de Téléphone Bell du Canada est baptisé immeuble " Beaver Hall ". Haut de vingt étages, il regroupe les services administratifs de l'entreprise. En outre, il met à la disposition de ses employés plusieurs services : salles de repos, infirmerie et service de médecine préventive.

Où:

En établissant son nouveau siège social sur le chemin de la Côte-du-Beaver-Hall à Montréal, La Compagnie de Téléphone Bell du Canada poursuit le déplacement du centre des affaires du quartier de la rue Notre-Dame vers la rue Dorchester (l'actuel boulevard René-Lévesque). Ce mouvement est enclenché par la compagnie d'assurance Sun Life qui fait ériger, en 1914, son nouveau siège social face au square Dominion (l'actuel square Dorchester).

Quand:

Construit entre 1927 et 1929, l'immeuble est inauguré quelques mois avant la crise des années 1930.

Qui:

L'édifice est conçu par la firme d'architectes Barrott et Blackader de Montréal. Le chantier est réalisé par Geo. A. Fuller of Canada.

BELL-147FR
Cet artefact appartient à : © Bell Canada
Photographie
Logo de Bell Canada, 1947
1947, 20e siècle
Collection historique Bell Canada
BELL-147FR
Cet artefact appartient à : © Bell Canada

Clefs de l'histoire:

L'évolution du logo et de la raison sociale de Bell Canada

Au fil des ans, différents logos symbolisent les activités de Bell Canada. En juin 1880, le premier emblème est adopté par les dirigeants de l'entreprise. Un récepteur, la date de constitution de l'entreprise ainsi que son nom apparaissent sur l'emblème. En 1895, l'entreprise montréalaise est autorisée à utiliser la célèbre cloche bleue symbolisant les activités de l'entreprise étasunienne, American Telegraph and Telephone. Pendant plusieurs années, deux éléments se trouvent systématiquement sur le logo : la cloche et le nom de l'entreprise.

Les modifications apportées au logo, notamment l'ajout de feuilles d'érable en 1922, visent à affirmer l'identité canadienne de l'entreprise. En 1968, La Compagnie de Téléphone Bell du Canada est autorisée à utiliser la raison sociale " Bell Canada ". En 1977, la cloche disparaît de l'emblème. Visiblement, l'entreprise est en voie de diversifier ses activités au-delà du service téléphonique.

Le changement le plus récent a lieu en 1994 lorsque le nouveau logo est lancé. Le profil humain représente les employés et les clients de Bell.

Quoi:

Symbole formé d'un ensemble de signes graphiques, le logo constitue une marque pour une entreprise.

Où:

En plus d'apparaître dans les publicités diffusées par les différents médias écrits et électroniques, le logo de Bell se retrouve sur les édifices, les véhicules et les cabines téléphoniques appartenant à l'entreprise.

Quand:

Depuis 1880, l'entreprise Bell Canada a eu onze logos.

Qui:

C'est Frederick Johnson, le président de l'entreprise, qui approuve ce nouveau logo en avril 1947.

I-11529.1
© Musée McCord
Photographie
Andrew Robertson, Montréal, QC, 1864
William Notman (1826-1891)
1864, 19e siècle
Sels d'argent sur papier monté sur papier - Papier albuminé
8 x 5 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
I-11529.1
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Le premier président de La Compagnie de Téléphone Bell du Canada

Andrew Robertson est le premier président de La Compagnie de Téléphone Bell du Canada. Écossais ayant émigré au Canada en 1853, il est un marchand très connu de Montréal. Il assume la présidence du 16 juin 1880 jusqu'à son décès en 1890.

Comme plusieurs de ses contemporains, cet homme d'affaires réputé cumule différentes fonctions dans la société montréalaise. Il est notamment membre du conseil d'administration du Montreal General Hospital à partir de 1872. Il assume par la suite les fonctions de trésorier, vice-président et président au sein de cette institution. Entre 1879 et 1890, il est président de la Commission du Havre de Montréal. Sous son mandat, un plan visant à contrer les inondations qui affectent de nombreux quartiers montréalais est élaboré.

C'est également sous la présidence de Robertson que la ville de Montréal est choisie comme siège social de Bell Canada

Quoi:

Photographié ici par William Notman dans son studio de la rue Bleury à Montréal, Andrew Robertson est un homme d'affaires montréalais bien en vue qui a la réputation d'être un homme progressiste et dévoué au bien public.

Où:

C'est à Montréal, alors métropole du Canada, que Bell Canada installe son siège social en 1880. La compagnie offre le service téléphonique dans d'autres villes canadiennes comme Toronto, Ottawa, Hamilton et Québec.

Quand:

À l'époque où cette photo fut prise, Andrew Robertson est propriétaire d'une filature qui produit du tweed canadien, la Auburn Woolen Mill, située à Peterborough dans le Haut-Canada.

Qui:

Andrew Robertson est le premier président de La Compagnie de Téléphone Bell du Canada. Cet homme d'affaires et fonctionnaire est né le 18 juin 1827 à Paisley, en Écosse, et décédé le 29 mars 1890 à Montréal.

II-72261.1
© Musée McCord
Photographie
M. et Mme Charles Fleetford Sise et leur chien, Montréal, QC, 1884
William Notman & Son
1864, 19e siècle
Papier albuminé
13.9 x 9.8 cm
II-72261.1
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

La famille Sise et La Compagnie de Téléphone Bell du Canada

Plusieurs membres de la famille Sise de Montréal sont indissociables du développement des télécommunications au Canada. Homme d'affaires de Boston, Charles Fleetford Sise arrive à Montréal à l'hiver 1880. Cet ancien capitaine de la marine reçoit alors le mandat des propriétaires des brevets de téléphone Bell de mettre sur pied une entreprise canadienne d'envergure nationale. Il est considéré comme le fondateur de La Compagnie de Téléphone Bell du Canada. L'entreprise obtient sa charte fédérale le 29 avril 1880. Sise formule alors le libellé du premier énoncé de mission de l'entreprise à partir de l'idée que l'entreprise vise à offrir au public le meilleur service au tarif le plus bas compatible avec les intérêts des actionnaires.

Charles Fleetford fils assume la fonction de président de l'entreprise entre 1925 et 1944. Sous sa direction, la qualité et la diversité des services téléphoniques s'améliorent considérablement. Ayant un excellent sens des affaires, il assure la stabilité financière de l'entreprise au cours de deux périodes difficiles, la crise des années 1930 et la Seconde Guerre mondiale

Quoi:

À cette époque, avec les industriels et les financiers, les dirigeants d'entreprises de services publics (gaz, électricité, tramways, eau, télégraphe et téléphone) forment l'élite économique des grandes villes canadiennes.

Où:

À la fin de 1880 et au début 1881, la compagnie offre le service téléphonique en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick, au Québec, en Ontario et au Manitoba, en plus d'avoir des intérêts en Colombie-Britannique. La compagnie compte 150 employés et dessert quelque 2 100 abonnés.

Quand:

Charles Fleetford Sise prend sa retraite en 1915, à l'âge de 80 ans. Il laisse une entreprise comptant 2 235 actionnaires et un effectif de près de 8 000 employés.

Qui:

Charles Fleetford père (1834-1918) est président de La Compagnie de Téléphone Bell du Canada de 1890 à 1915. Son fils Charles le remplace de 1925 à 1944. Edward (1877-1943), est président de Northern Electric de 1914 à 1919, une filiale qui fabrique les équipements de télécommunication. Paul (1879-1951) lui succède en 1919.

BELL-3FR
Cet artefact appartient à : © Bell Canada
Impression - Bulletin d'entreprise
Nouvelles du téléphone
1953, 20e siècle
Collection historique Bell Canada
BELL-3FR
Cet artefact appartient à : © Bell Canada

Clefs de l'histoire:

Le réseau hertzien réalisé sous la direction de Thomas Wardrope Eadie, président de La Compagnie de Téléphone Bell du Canada entre 1953 et 1963

Lorsqu'il entre au service de La Compagnie de Téléphone Bell du Canada en 1923, Thomas Wardrope Eadie vient à peine d'obtenir son diplôme en génie de l'Université McGill. Au cours des trois décennies suivantes, l'ingénieur occupe divers postes techniques et administratifs. Les ondes radio sont une de ses passions. Il est l'un des artisans du réseau téléphonique transcanadien utilisant la technologie des micro-ondes. En juillet 1953, il accède au poste de président de l'entreprise qu'il occupe jusqu'en 1963.

Au cours de son mandat, Eadie pilote la participation de Bell à la construction du réseau hertzien transcanadien. Considéré comme l'une des grandes réalisations techniques du 20e siècle, ce réseau comprend 139 stations réparties sur 6 200 kilomètres, ce qui en fait le plus long au monde . Les tours fonctionnent comme des stations relais qui transmettent les communications par ondes radioélectriques (les faisceaux hertziens). Quand Thomas Wardrope Eadie quitte la présidence de Bell, le téléphone se retrouve dans la très grande majorité des demeures situées sur le territoire desservi par l'entreprise

Quoi:

Le réseau hertzien canadien améliore la transmission des communications téléphoniques sur de longues distances et permet la transmission des émissions de télévision.

Où:

Les provinces maritimes ont joué un rôle de pionnier en matière de faisceaux hertziens. Une première mondiale est réalisée en novembre 1948 lorsque l'Île-du-Prince-Édouard est reliée au continent.

Quand:

Durant la Seconde Guerre mondiale, plusieurs applications de la technologie des micro-ondes sont développées, notamment les radars. Dans les années 1950, les télécommunications changent de nature avec l'arrivée de la télévision en 1952.

Qui:

Heinrich Rudolf Hertz est un ingénieur et physicien allemand. En 1888, il prouve l'existence des ondes électromagnétiques imaginées par James Maxwell en 1873. Il a donné son nom aux ondes radio dites ondes hertziennes (Hz).

MP-0000.2101.3
© Musée McCord
Photographie
Construction de l'édifice de la compagnie de téléphone Bell, rue de La Gauchetière, Montréal, QC, 1948
Anonyme - Anonymous
1948, 20e siècle
Gélatine argentique
20 x 25 cm
De Anglin-Norcross Limited
MP-0000.2101.3
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

La Compagnie de Téléphone Bell du Canada et l'économie du pays

En raison de l'ampleur des investissements que la construction du réseau téléphonique exige de même que de son impact sur la croissance économique et urbaine, l'industrie des télécommunications est l'un des secteurs clés de l'économie canadienne. En 1895, la filiale Northern Electric (l'ancêtre de la compagnie Nortel) commence à produire des appareils et des standards téléphoniques à Montréal. En développant sa capacité manufacturière, l'entreprise prend activement part à la mise en place de l'industrie des télécommunications au Canada. Le 26 avril 1945, soixante-quinze ans après sa fondation, Bell Canada installe son millionième téléphone. La population du pays s'élève alors à plus de 12 millions habitants.

Considérée comme une entreprise dont le but est de remplir une mission de service public, Bell Canada assume un rôle essentiel dans la mise en place d'une expertise technologique unique au pays. Grâce à cette entreprise, le Canada est des plus avancés sur le plan technologique. Bénéficiant des dernières innovations techniques, son réseau de télécommunications est à l'avant-garde.

En avril 1983, Entreprises Bell Canada Inc. (BCE) devient la société mère de Bell Canada et tous les actionnaires de Bell Canada deviennent des actionnaires de BCE Inc.

Quoi:

Cette image montre l'agrandissement en voie d'être complété du central Belmont de Bell Canada. Construit en 1932, cet imposant central téléphonique, où sont effectuées les communications interurbaines, a été agrandi à trois reprises : en 1949, en 1959 et en 1967.

Où:

Voisin du siège social de Bell Canada, le central Belmont se trouve à l'angle des rues University et de La Gauchetière à Montréal.

Quand:

Aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle poussée dans le développement du réseau téléphonique canadien et la croissance du service interurbain incitent les entreprises à moderniser leur équipement.

Qui:

L'immeuble initial et ses agrandissements sont conçus par les architectes montréalais Barrott et Blackader avec la collaboration de l'architecte attitré de Bell Canada, F. J. Macnab.

BELL-6124
Cet artefact appartient à : © Bell Canada
Photographie
Une équipe enfouissant des câbles au coin de la rue Sainte-Catherine et de l'avenue Union, Montréal, QC, 1930
Millar Studio
1930, 20e siècle
Collection historique Bell Canada
BELL-6124
Cet artefact appartient à : © Bell Canada

Clefs de l'histoire:

Les travailleurs de l'entreprise

Derrière l'équipe de direction de Bell se trouvent des milliers de techniciens qui veillent à la construction du réseau. Ils plantent des poteaux, posent les fils, enterrent les câbles, réparent le réseau, installent des appareils chez les nouveaux abonnés, montent et entretiennent les équipements des centraux téléphoniques. Ce groupe de travailleurs est surtout, voire strictement, composé d'hommes.

Dans l'industrie du téléphone, il existe une forte division des tâches entre les hommes et les femmes. D'un côté, le travail technique est réalisé par des hommes et, de l'autre côté, la fonction de téléphoniste est principalement occupée par des femmes. Durant la Seconde Guerre mondiale, en raison de la pénurie de main-d'oeuvre masculine, des femmes occupent pour la première fois des postes de techniciennes dans certains centraux téléphoniques.

Quoi:

Une équipe de techniciens enterre les câbles téléphoniques dans la rue Sainte-Catherine au centre-ville de Montréal. Les câbles sont enfouis à la fois pour des raisons esthétiques et de sûreté.

Où:

La photographie montre une équipe travaillant dans la rue Sainte-Catherine à Montréal, à l'intersection de la rue Union. On aperçoit, à gauche, la façade du joaillier Birks et derrière à droite, le grand magasin Eaton.

Quand:

Dès 1891, Bell Canada commence ses travaux d'enfouissement des fils dans son propre réseau de conduits souterrains.

Qui:

Les équipes de techniciens travaillent principalement à l'extérieur et leur travail est très exigeant. En 1917, la semaine de travail est de 54 heures.

BELL-1FR
Cet artefact appartient à : © Bell Canada
Impression - Annonce publicitaire
L'empressement à Satisfaire
1917, 20e siècle
Collection historique Bell Canada
BELL-1FR
Cet artefact appartient à : © Bell Canada

Clefs de l'histoire:

Les téléphonistes ou " La voix au sourire "

Pour les abonnés, les téléphonistes ou standardistes personnifient à la fois les entreprises de téléphone et le service. Tandis que le service télégraphique nécessitant certaines connaissances techniques est assuré par de jeunes hommes, le service téléphonique est défini comme un emploi féminin. Pourquoi les entreprises préfèrent-elles engager des femmes comme téléphonistes ? À cette époque, différentes raisons sont avancées : " clarté de la voix ", " politesse ", " patience ", " acuité visuelle ". En bref, des qualités et des aptitudes considérées par les dirigeants des entreprises téléphoniques comme propres aux femmes. Plusieurs jeunes femmes issues de la classe ouvrière sont engagées comme téléphonistes, ce qui constitue pour elles un avancement social.

Le métier de téléphoniste est très exigeant. Obligée de preuve d'une concentration et d'une politesse à toute épreuve, la téléphoniste doit en outre porter un lourd casque d'écoute, accomplir des gestes répétitifs et redire des phrases apprises par coeur durant sa journée de travail marquée par une cadence effrénée aux heures de pointe.

Quoi:

Avant l'invention du téléphone à cadran, la téléphoniste est indispensable à la transmission des communications. Mais même avec l'avènement des commutateurs automatiques, la téléphoniste demeure essentielle à la transmission des appels interurbains. Cette publicité à vocation éducative rappelle au public de faire preuve de courtoisie.

Où:

La publicité est omniprésente dans les journaux de l'époque qui sont le principal média de masse, avant les débuts de la radio.

Quand:

Entre 1880 et les années 1920, les standardistes remplissent un rôle indispensable dans les communications téléphoniques locales. En 1907, 400 téléphonistes font la grève à Toronto pour obtenir de meilleures conditions de travail.

Qui:

Les entreprises de téléphone préfèrent engager des jeunes filles célibataires. En 1907, à Toronto, leur salaire est de 25 dollars par mois pour des semaines de travail de 48 heures (les téléphonistes travaillent six jours par semaine).

BELL-2784
Cet artefact appartient à : © Bell Canada
Photographie
Les téléphonistes de Bell préparant des paniers de Noël pour des familles démunies, Montréal, QC, 1932
Millar Studio
1932, 20e siècle
Collection historique Bell Canada
BELL-2784
Cet artefact appartient à : © Bell Canada

Clefs de l'histoire:

La contribution des employés à la vie communautaire

Tout au long du 20e siècle, les employés des entreprises de téléphone contribuent activement au développement des collectivités. En plus de fournir un service essentiel, ils prennent part à une foule d'activités dans les domaines de l'éducation, de la santé, du développement communautaire et des arts et de la culture. Des dizaines de milliers d'employés actuels ou retraités des entreprises de téléphone pratiquent le bénévolat pour améliorer la qualité de vie des gens.

Distribution de paniers de Noël, mise au point de dispositifs pour permettre aux jeunes souffrant de déficiences visuelles de participer à différentes activités sportives, vérification, remise à neuf et distribution d'ordinateurs dans les écoles, voilà quelques exemples des nombreuses réalisations des bénévoles.

Les initiatives philanthropiques sont aussi l'affaire de Bell Canada qui, depuis sa constitution, soutient annuellement plusieurs organismes de charité.

Quoi:

La photographie montre des téléphonistes de Bell Canada s'apprêtant à distribuer des paniers de Noël à Montréal.

Où:

L'événement se déroule à Montréal où, durant la crise des années 1930, les conditions de vie se détériorent en raison du manque de travail et de la baisse des salaires.

Quand:

Dans les années 1930, et en particulier durant les mois d'hiver, plusieurs familles démunies des grandes villes canadiennes doivent avoir recours à des organismes de charité pour se nourrir et se chauffer convenablement.

Qui:

Depuis plus d'un siècle, des milliers d'employés et de retraités des entreprises de téléphone consacrent temps, savoir-faire et argent à de nombreuses causes et initiatives communautaires.

BELL-34090
Cet artefact appartient à : © Bell Canada
Photographie
Boîtes bleues destinées au recyclage du papier des employés de Bell Canada, 1991
1991, 20e siècle
Collection historique Bell Canada
BELL-34090
Cet artefact appartient à : © Bell Canada

Clefs de l'histoire:

Le respect de l'environnement chez Bell

En matière de protection de l'environnement et de responsabilisation sociale, l'entreprise Bell Canada joue un rôle de leader . Dès 1990, Bell crée un groupe Environnement en plus d'élaborer une politique environnementale faisant partie intégrante de son code de conduite. Comment une grande entreprise comme Bell peut-elle contribuer à la protection de l'environnement et au développement durable ? Tout comme à la maison, la protection de l'environnement au travail commence par des gestes quotidiens. Au début des années 1990, Bell Canada est l'une des premières entreprises à installer des bacs à recyclage de papier dans ses bureaux.

Au fil des ans, diverses stratégies contribuent à réduire la consommation de ressources : l'utilisation d'un système de communication par satellite pour gérer d'une manière plus efficace le parc de véhicules, la collecte et le recyclage de milliers de téléphones cellulaires usagés, l'usage de la téléconférence et du télétravail pour éliminer les déplacements et ainsi réduire la pollution de l'air et la consommation de carburant.

Quoi:

Le papier et ses produits dérivés représentent plus d'un tiers des déchets des municipalités canadiennes.

Où:

En 1991, une campagne de recyclage est lancée à la grandeur de la compagnie. Quelque 18 000 employés répartis dans 25 immeubles de Bell reçoivent une boîte bleue pour recycler le papier.

Quand:

En avril 1989, l'actuel Conseil canadien des ministres de l'Environnement envisageait de réduire de 50 p. 100 les déchets produits d'ici l'an 2000 ; c'est dans ce cadre que Bell Canada amorce sa campagne de recyclage en 1991.

Qui:

Depuis le début des années 1990, de grandes entreprises canadiennes, telles que Bell, élaborent des pratiques environnementales (prévention de la pollution, production moins polluante, éco-efficacité, développement durable).

M991X.5.120
© Musée McCord
Gravure
Illustration de catalogue d'un téléphone
John Henry Walker (1831-1899)
1850-1885, 19e siècle
Encre sur papier - Gravure sur bois
11.3 x 10.8 cm
Don de Mr. David Ross McCord
M991X.5.120
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

La commutation manuelle

Tel que nous le connaissons aujourd'hui, l'appareil téléphonique est le fruit d'une longue évolution technologique dans le domaine de la commutation, c'est-à-dire la liaison de deux appareils téléphoniques. Les premiers appareils étaient massifs et construits en bois. À l'époque de Melville Bell, un même appareil servait à la fois d'émetteur et de récepteur, ce qui obligeait l'usager à le faire alterner de sa bouche à son oreille selon qu'il parlait ou qu'il écoutait. À la fin du 19e siècle, les appareils renferment la batterie d'alimentation à l'intérieur de leur boîtier, d'où leur taille imposante.

L'année 1900 marque l'introduction des centraux téléphoniques avec batterie centrale. Cela permet de réduire la taille des appareils . Avec l'inauguration du premier standard à batterie centrale, l'abonné ne doit plus tourner une manivelle pour joindre un central. Dès qu'il décroche le récepteur, un voyant correspondant à son numéro de téléphone s'allume au standard et la téléphoniste lui répond et se charge de diriger l'appel vers la destination demandée.

Quoi:

Cette gravure de John H. Walker illustre un téléphone mural qui doit être activé par une petite manivelle située à droite de l'appareil. L'utilisateur parle dans l'émetteur qui se trouve au centre de l'appareil et il tient le récepteur de la main droite. Le boîtier situé en bas, en partie caché par le personnage, contient la batterie d'alimentation.

Où:

Ce type d'appareil téléphonique se retrouve autant dans les entreprises que dans les résidences fortunées.

Quand:

Jusqu'en 1905, le poste téléphonique mural est très répandu. Il est remplacé par des modèles de table dans les années 1910.

Qui:

John Henry Walker (1831-1899) est un graveur montréalais qui a illustré de nombreux livres, périodiques et revues.

BELL-8511-1
Cet artefact appartient à : © Bell Canada
Photographie
Un représentant de Bell Canada expliquant l'utilisation du cadran aux pompiers de Toronto, Ont., 1924
Pringle and Booth Ltd.
1924, 20e siècle
Collection historique Bell Canada
BELL-8511-1
Cet artefact appartient à : © Bell Canada

Clefs de l'histoire:

La commutation automatique et l'introduction des postes téléphoniques à cadran

La technologie de commutation automatique est introduite aux États-Unis et en Europe dès les années 1900. Au Canada, des essais de commutation automatique ont lieu à Terrebonne et dans l'Ouest. Aux lendemains de la Première Guerre mondiale, la forte demande pour le téléphone force les entreprises à adopter cette technologie. Dans les années 1920, les changements technologiques touchant la téléphonie locale transforment les procédures à suivre. Avec les nouveaux centraux automatiques, l'abonné utilise un appareil à cadran qui effectue le travail de recherche de l'interlocuteur qu'il désire joindre. Désormais, les téléphonistes ne sont plus indispensables pour acheminer les communications locales. Dans les journaux de l'époque on annonce : " L'abonné pourra se dispenser des opératrices ".

À l'été de 1924, les premiers commutateurs automatiques sur le territoire desservi par Bell sont mis en service au central Grover à Toronto. L'avènement de cette nouvelle technologie fait l'objet d'une campagne d'éducation car les utilisateurs doivent apprendre à se familiariser avec la composition et le téléphone à cadran. Habitués aux appareils à clavier, aurions-nous oublié comment nous servir du téléphone à cadran ?

Quoi:

La commutation automatique et les appareils téléphoniques à cadran constituent une avancée technologique majeure du 20e siècle.

Où:

Bell Canada offre le service téléphonique automatique en 1924 à Toronto et à Montréal l'année suivante.

Quand:

Au cours des années 1920, nous assistons à une forte augmentation de la demande pour le service téléphonique. Par exemple, dans une grande ville comme Montréal, entre 1920 et 1930, une moyenne annuelle de 11 000 postes téléphoniques s'ajoutent au système, alors que la population passe de 689 753 à 1 003 868 habitants. Le taux de croissance annuel des postes téléphoniques en usage (9,4 p. 100) est supérieur à celui de la population (4,4 p. 100).

Qui:

L'inventeur de la commutation automatique est Almon B. Strowger (1839-1902), un entrepreneur de pompes funèbres de Topeka au Kansas. La légende veut qu'il ait conçu ce système pour éviter les téléphonistes des centraux manuels qui nuisaient à son entreprise en reliant ses clients à ses concurrents. Le téléphone à cadran est inventé en 1896 à Chicago par deux ingénieurs de l'Automatic Electric Corporation.

BELL-2FR
Cet artefact appartient à : © Bell Canada
Impression - Annonce publicitaire
De touche en touche... à la découverte du téléphone à clavier
1969, 20e siècle
Collection historique Bell Canada
BELL-2FR
Cet artefact appartient à : © Bell Canada

Clefs de l'histoire:

Le téléphone à clavier

L'appareil téléphonique à clavier est de nos jours répandu partout. En juin 1964, le service Touch-ToneMC est inauguré à Montréal et à Malton en Ontario. Avec le poste téléphonique à clavier qui remplace celui à cadran, ainsi que la technologie des commutateurs électroniques introduite en 1967, le simple téléphone se transforme en terminal de données.

Au fil des ans, une multitude de nouveaux services sont offerts : composition abrégée, conférence à trois, renvoi automatique, service de gestion des appels (afficheur, sélecteur, dépisteur, mémorisateur) assurant la confidentialité, la sécurité et la commodité grâce à un meilleur contrôle des appels d'arrivée. Les utilisateurs du téléphone bénéficient d'un contrôle accru sur la façon d'utiliser l'appareil.

Quoi:

Le téléphone à clavier remplace le téléphone à cadran. Selon une enquête réalisée récemment aux États-Unis, le téléphone à clavier représente l'avancée technologique la plus importante dans le domaine des affaires au 20e siècle.

Où:

Le service Touch-ToneMC est d'abord inauguré à Montréal et à Malton en Ontario.

Quand:

Lancé aux États-Unis par les Laboratoires Bell en 1963, le téléphone à clavier est rapidement adopté au Canada. En 1964, le service Touch-ToneMC est mis en service par Bell Canada en Ontario et au Québec. En 1967, d'autres entreprises de téléphone l'implantent dans l'ouest du pays.

Qui:

La technologie du téléphone à clavier a été développée par les ingénieurs des Laboratoires Bell aux États-Unis. Plus de 40 000 inventions ont été mises au point dans cette institution de recherche créée en 1925.

M998.48.103
© Musée McCord
Dessin, caricature
Le développement des compagnies de téléphone
Aislin (alias Terry Mosher)
1995, 20e siècle
Crayon feutre et encre sur papier
25.7 x 26.1 cm
Don de Mr. Terry Mosher
M998.48.103
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

La multiplication des numéros de téléphone

Dans les années 1880, vu le nombre limité d'abonnés au service, les clients demandent aux standardistes de les connecter à leur interlocuteur simplement en mentionnant leur nom. En 1884, à Montréal, ce système personnalisé est remplacé par les numéros de téléphone. Quelques années plus tard, les demandeurs doivent aussi fournir le nom du central (par exemple Main 427).

Avec la croissance des appels interurbains, l'utilisation d'indicatifs régionaux s'impose. En 1945, pour uniformiser les numéros de téléphone, l'Amérique du Nord établit à sept le nombre de chiffres d'un numéro de téléphone et maintient l'indicatif régional à trois chiffres. Jusque dans les années 1950, les numéros de téléphone comprennent des lettres qui renvoient aux noms des centraux téléphoniques qui desservent les abonnés. Quelques années plus tard, en 1960, Bell Canada remplace les lettres par des chiffres.

Dans les années 1990, la multiplication du nombre d'appareils de télécommunications (télécopieurs, téléphones mobiles, téléavertisseurs) entraîne l'adoption du numéro à dix chiffres dans les grandes régions urbaines canadiennes. Une première canadienne est réalisée en octobre 1993 lors du réaménagement du code régional (416) associé à la création du nouveau code (905) identifiant la banlieue de Toronto. Quelques années plus tard, en 1998, c'est au tour de Montréal de faire l'objet d'un tel réaménagement (le 450 et le 514). À quand un numéro personnel pour éviter la pénurie de numéros de téléphone ?

Quoi:

Cette caricature d'Aislin parue dans le journal montréalais The Gazette parodie la multiplication des numéros de téléphone en raison de l'apparition des nombreux terminaux (télécopieurs, téléavertisseurs, modems, téléphones sans fil).

Où:

C'est dans les régions métropolitaines que la demande pour de nouveaux numéros de téléphone est en constante augmentation. On prévoit utiliser de nouveaux codes régionaux au Canada pour pallier la pénurie des numéros de téléphone.

Quand:

En 1880, Bell Canada a 2 100 abonnés . En 2003, le nombre de connexions au service téléphonique local, aux services cellulaires, aux services de communications personnelles et au service de téléavertissement offerts par Bell s'élève à près de 18 millions.

Qui:

Au Canada, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) est responsable de la gestion de tous les numéros de téléphone.

VIEW-6488.Q
© Musée McCord
Photographie
E. N. Bender, dirigeant du CP, Montréal, QC, 1904
A. H. Harris
1904, 20e siècle
Gélatine argentique
11 x 15 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-6488.Q
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Un outil de gestion au bureau

Au tournant du 20e siècle, le téléphone est considéré comme un outil de gestion indispensable pour les gens d'affaires. Il accorde à ses utilisateurs le don d'ubiquité, c'est-à-dire la capacité d'être à deux endroits au même moment. Le téléphone est également un instrument de communication instantanée. Aussi, l'usage répandu du service est synonyme d'efficacité et de productivité puisqu'il permet d'épargner du temps en éliminant les déplacements. " Le temps, c'est de l'argent " peut-on lire dans les publicités de téléphone. Pourquoi alors ne pas multiplier le nombre de postes et de lignes dans les bureaux ?

La dispersion des activités dans l'espace et la création de zones spécialisées dans les villes supposent l'existence de réseaux efficaces de communication à distance. Grâce au téléphone, les patrons d'entreprises peuvent diriger et coordonner les activités se déroulant dans des lieux différents (usines, bureaux, magasins, entrepôts).

Quoi:

La photographie montre le bureau d'E. N. Bender, dirigeant de la compagnie ferroviaire du Canadien Pacifique, qui est équipé d'un poste téléphonique.

Où:

À partir des années 1880, Montréal est la capitale ferroviaire du Canada. Le Canadien Pacifique y exploite notamment des gares, des silos à grain et des ateliers de réparation.

Quand:

Au début du 20e siècle, les compagnies ferroviaires canadiennes connaissent une importante phase d'expansion. Ayant favorisé l'installation des lignes télégraphiques le long des rails, elles tirent profit des avantages de la communication par téléphone.

Qui:

Cet homme d'affaires représente bien l'abonné d'affaires typique du téléphone au début du 20e siècle, alors que le téléphone gagne rapidement en popularité dans les résidences privées les plus fortunées.

VIEW-25407
© Musée McCord
Photographie
Bureau, résidence de G. B. Thorn, Montréal, QC, 1934
Wm. Notman & Son
1934, 20e siècle
Gélatine argentique
25 x 19 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-25407
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Du bureau à la maison (un outil de gestion domestique)

D'abord considéré comme une curiosité scientifique, voire un jouet, ensuite comme un instrument de communication d'affaires, le téléphone franchit peu à peu le seuil des résidences. En raison de ses tarifs élevés, il demeure longtemps un luxe réservé aux nantis. Plusieurs hommes d'affaires y ont recours pour effectuer leur travail à domicile. Le téléphone permet déjà le télétravail !

Pour la maîtresse de maison, les applications du téléphone sont, dans un premier temps, analogues à celles des gens d'affaires. Véritable outil de gestion domestique, il permet de commander des provisions auprès des épiciers, d'appeler des secours en cas d'urgence, d'annoncer un retard, d'organiser un rendez-vous. Il se transforme aussi en puissant outil de sociabilité. Au Canada, l'adoption du tarif de base pour les appels locaux - par opposition au service local tarifé à l'utilisation - encourage les longues conversations téléphoniques.

Quoi:

Sur cette photographie de l'intérieur de la résidence de l'homme d'affaires montréalais, G. B. Thorn, on remarque, respectivement sur le mur et sur le pupitre, un appareil téléphonique ainsi que deux récepteurs dans une pièce servant très probablement de bureau à domicile.

Où:

Dans les grandes demeures bourgeoises, la présence de nombreuses pièces facilite l'aménagement de bureaux à domicile.

Quand:

Cette photographie a été prise durant la crise des années 1930. Au cours de la même séance, plusieurs autres pièces du domicile de G. B. Thorn ont été photographiées, notamment le vivoir, la salle à manger, la bibliothèque et la cuisine.

Qui:

Les hommes d'affaires comme Monsieur Thorn habitent dans des quartiers résidentiels à l'abri des nuisances des grandes villes industrielles. Le téléphone leur permet de rester en contact avec leur lieu de travail tout en y étant physiquement éloignés.

VIEW-20563
© Musée McCord
Photographie
Square Phillips, Montréal, QC, 1922
Wm. Notman & Son
1922, 20e siècle
Gélatine argentique
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-20563
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Un instrument de modernisation du paysage urbain

À la fin du 19e siècle, parmi les arguments invoqués pour mettre en valeur les avantages du téléphone par les compagnies actives dans ce secteur, on avance que ce nouvel outil de communication interpersonnelle est l'un des équipements sans lesquels l'innovation architecturale que constitue le gratte-ciel est inconcevable . Comment faire circuler des milliers de messages sans encombrer les ascenseurs qui desservent les immeubles en hauteur ? Les promoteurs du téléphone prétendent que la livraison des messages par les courriers rend les grands bâtiments des villes modernes non viables sur le plan économique : la superficie de plancher réservée à leurs déplacements est beaucoup trop grande ! Le service de téléphone résout ce problème. Il achemine les milliers de communications qui circulent dans les grandes métropoles. Véritable instrument de modernisation du paysage urbain, le téléphone facilite la concentration des activités économiques dans les centres-villes.

Quoi:

Cette photographie présente de nouveaux immeubles construits au tournant du 20e siècle dans le nouveau quartier des affaires de Montréal. De gauche à droite, on peut voir le Canada Cement Building (1921-1922), le New Birks Building (1912) et la joaillerie Birks (1894 et 1906).

Où:

Aménagé entre 1842 et 1844, le square Phillips à Montréal est d'abord entouré d'habitations. Il attire plusieurs édifices de prestige comme les sièges sociaux des grandes sociétés ou les commerces de renom comme le joaillier Birks et le grand magasin Morgan, aujourd'hui La Baie.

Quand:

Cette photographie a été prise en 1922, peu de temps après l'inauguration du Canada Cement Building qui dispose du premier stationnement intérieur souterrain pour les automobiles à Montréal.

Qui:

Ces grands immeubles abritent plusieurs centaines de travailleurs. Le travail de bureau prend de l'ampleur au début des années 1900 et le secteur tertiaire de l'économie devient le moteur du développement des centres-villes au 20e siècle. Dès les années 1920, plus de 50 p. 100 de la main-d'oeuvre montréalaise se trouve dans le secteur des services.

VIEW-12777
© Musée McCord
Photographie
Immeuble d'appartements Linton, rue Sherbrooke, Montréal, QC, 1912-1913
Wm. Notman & Son
1912-1913, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-12777
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Vivre comme à l'hôtel

Au début du 20e siècle, les immeubles d'appartements se répandent dans les villes canadiennes . Ces grands immeubles sont conçus pour répondre aux attentes d'une clientèle spécifique, et la distribution des pièces sur un même niveau simplifie l'entretien de la demeure. Attirés par les commodités de ces nouveaux logements, les ménages aisés y voient une solution de rechange aux grandes maisons dont l'entretien nécessite une armée de personnel domestique de plus en plus difficile à recruter.

Ceux qui choisissent ce mode de vie profitent de plusieurs innovations et services intégrés à l'immeuble qui leur rendent la vie très confortable : ascenseur, chauffage central, garage, sonnerie électrique, central téléphonique, services de concierge, de teinturier et de traiteur complété par un système de monte-plat. C'est comme vivre à l'hôtel !

En ce qui concerne le téléphone, le taux d'équipement d'un immeuble comme le Linton à Montréal est très supérieur à la moyenne de la ville. En 1910, près de 75 p. 100 des résidants sont abonnés, alors qu'on ne compte que 6 téléphones pour 100 habitants à l'échelle de l'agglomération urbaine.

Quoi:

Conçu par les architectes Samuel Arnold Finley et David Jerome Spence, l'immeuble Linton est érigé entre 1906 et 1907. On y compte 90 appartements. C'est le plus vaste à Montréal au moment de sa construction.

Où:

La rue Sherbrooke à Montréal est une rue résidentielle de prestige où les immeubles collectifs remplacent les résidences bourgeoises.

Quand:

Avant la Première Guerre mondiale, plusieurs immeubles d'appartements sont construits dans les grandes villes canadiennes.

Qui:

Plusieurs occupants du Linton, notamment des femmes, y vivent en solo.

MP-0000.888.11
© Musée McCord
Impression
Parc Outremont, le mont Royal en arrière-plan, Outremont, QC, vers 1910
Anonyme - Anonymous
Vers 1910, 20e siècle
Encre de couleur sur papier monté sur carton - Photolithographie
8 x 13 cm
Don de Mr. Stanley G. Triggs
MP-0000.888.11
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Vivre en banlieue grâce au téléphone

Au moment où le téléphone fait son entrée dans la vie quotidienne des gens, les villes canadiennes connaissent une importante croissance démographique. En 1901, les agglomérations de plus de 100 000 habitants accueillent 34,8 p. 100 de la population canadienne alors que ce taux grimpe à 53 p. 100 en 1931. La population des régions métropolitaines de Montréal et de Toronto augmente de façon spectaculaire, atteignant respectivement 1 million et 818 000 habitants en 1931.

En théorie, à l'instar des moyens de transport, le téléphone abolit les distances et diminue les besoins de proximité. Est-ce pour autant la fin des villes ? Certainement pas. Mais la banlieue résidentielle constitue un milieu de vie particulièrement apprécié par la classe moyenne. Équipés d'un réseau de tramways, les quartiers périphériques attirent une population en quête d'un cadre de vie paisible, à l'écart du tumulte de la ville.

Quoi:

Partout au pays, des villes de banlieue poussent comme des champignons. Certaines accueillent des activités industrielles tandis que d'autres sont réservées à la fonction résidentielle.

Où:

Située sur les flans du mont Royal, la ville d'Outremont, qui occupe désormais une situation centrale dans l'agglomération urbaine de Montréal, était considérée comme la banlieue montréalaise en 1910.

Quand:

Constituée en ville en 1895, Outremont englobe alors une population d'environ 1 000 citoyens . En 1911, la population a quadruplé, atteignant 4 820 habitants.

Qui:

Au début du 20e siècle, la population d'Outremont réunit des francophones et des anglophones, ainsi qu'une importante communauté juive.

MP-1978.207.1.40
© Musée McCord
Photographie
Banque Dominion, angle des rues Bleury et Sainte-Catherine, Montréal, QC, vers 1915
Anonyme - Anonymous
Vers 1915, 20e siècle
Sels d'argent sur papier monté sur papier - Gélatine argentique
15 x 20 cm
Achat de Mr. John Mappin
MP-1978.207.1.40
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Du luxe à la nécessité

Durant la crise des années 1930, partout au Canada, l'accroissement du nombre d'abonnés au téléphone connaît un temps d'arrêt brutal. Il faut attendre les lendemains de la Seconde Guerre mondiale pour que le taux de pénétration du service rattrape le sommet atteint à la veille de la crise économique.

En 1956, le service se retrouve dans la très grande majorité des ménages canadiens avec un taux de pénétration du téléphone par 100 habitants de 28,2 . Le Canada est alors au troisième rang après les États-Unis et la Suède en ce qui a trait au nombre de téléphones par 100 habitants. Par contre, il existe d'importantes différences interrégionales au pays. C'est à Terre-Neuve que le téléphone est le moins répandu et en Ontario où il est plus susceptible de se retrouver dans les demeures. L'accès au téléphone s'est démocratisé. Il n'est plus un service de luxe destiné aux gens d'affaires et à l'élite urbaine.

Quoi:

Avec la croissance du nombre d'abonnés, les fils et les poteaux sont de véritables artères de circulation qui envahissent le paysage urbain au 20e siècle.

Où:

À Montréal, au début du 20e siècle, la rue Sainte-Catherine et ses abords assument encore une fonction résidentielle. Peu à peu, les habitations sont remplacées par des immeubles multifonctionnels abritant des ateliers de fabrication, des commerces et des bureaux.

Quand:

Durant la Première Guerre mondiale, le programme d'équipement des entreprises de téléphone connaît un certain ralentissement car les moyens financiers sont limités et l'approvisionnement en matériaux est restreint.

Qui:

Au Canada, en plus de Bell Canada, plusieurs entreprises publiques et privées participent au développement de la téléphonie : Telus (Alberta Government Telephones ou AGT, BC Tel et Ed Tel), SaskTel (Saskatchewan Government Telephones), MTS (Manitoba Telephone System), Télus Québec (QuébecTel) et Aliant Inc. (MT&T, New Brunswick Telephone et Newfoundland Telephone).

M975.62.561
© Musée McCord
Impression
Le boom du téléphone
James Weston
1880, 19e siècle
Encre sur papier
19.8 x 11.6 cm
Don de Mr. Charles deVolpi
M975.62.561
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Le boom du téléphone

À la fin du 19e siècle, les paysages des villes et des campagnes sont envahis par les poteaux et les fils nécessaires à la distribution de l'électricité et à la transmission des communications télégraphiques et téléphoniques. Les fils tissent dans les villes d'immenses toiles d'araignée que les autorités publiques et les citadins décrient. Un important débat public sur ces nuisances visuelles fait rage dans les centres urbains. Plusieurs municipalités s'en prennent aux entreprises de services publics et critiquent l'envahissement de la voie publique par les poteaux et les fils.

Certaines municipalités particulièrement soucieuses de leur environnement paysager exigent l'enfouissement des fils ou encore la pose des infrastructures dans les ruelles, à l'abri du regard des citadins.

Lorsqu'on déambule aujourd'hui dans les villes canadiennes, on peut déceler d'importantes différences quant à la présence visuelle des infrastructures de télécommunications. Dans le centre des affaires et les zones résidentielles huppées, les réseaux sont enfouis tandis que, dans les quartiers populaires, les poteaux et les fils font toujours partie du paysage urbain. Avec le lancement de la téléphonie sans fil, les tours de relais et les antennes fixées à différentes structures comme les flèches d'églises s'ajoutent aux infrastructures de transmission des communications.

Quoi:

Les poteaux de téléphone sont principalement fabriqués en pin, un matériau économique et résistant qui permet aux monteurs de ligne d'y grimper directement grâce à des crampons. Aujourd'hui, avec les camions munis de monte-charge, on peut utiliser des poteaux d'acier ou de béton, quoique Bell utilise encore les poteaux de pin.

Où:

Dans les grandes villes canadiennes, l'omniprésence des poteaux et des fils est vivement critiquée. L'architecte montréalais Percy E. Nobbs déclare en 1910 : " Les poteaux de téléphone, de télégraphe et de distribution d'énergie donnent à nos principales artères l'apparence d'un port chinois après le passage d'un typhon. "

Quand:

À partir de 1891, Bell Canada commence à enfouir les fils téléphoniques.

Qui:

Dans une chanson intitulée Les poteaux, Félix Leclerc a écrit : " Venise a ses gondoles, Miami a ses palmiers, la France ses monuments (...) Nous autres, c'est les poteaux de téléphone. "

M996.10.460
© Musée McCord
Dessin, caricature
Le CRTC appuie les abonnés
Serge Chapleau
1993, 20e siècle
Mine de plomb sur papier
43 x 35.5 cm
Don de M. Serge Chapleau
M996.10.460
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

L'encadrement réglementaire d'un service public

Depuis 1892, les modalités qui lient un abonné à une entreprise de téléphone sont réglementées par le gouvernement canadien. Le téléphone devient rapidement un service beaucoup trop important pour être strictement laissé à l'initiative privée. En 1892, le Parlement canadien adopte une loi spéciale selon laquelle toute augmentation des tarifs téléphoniques doit être au préalable approuvée par le gouvernement.

En 1903, les entreprises de téléphone ayant une charte fédérale, comme Bell Canada, sont placées sous le régime de la Loi sur les chemins de fer et leurs tarifs sont dorénavant réglementés par la Commission des chemins de fer du Canada. En 1976, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) prend le relais. Quelques années plus tard, le 5 août 1980, le CRTC rend une décision historique qui marque le début de la concurrence. La décision 80-13 permet aux clients de Bell Canada de raccorder à son réseau des appareils téléphoniques et d'autres dispositifs obtenus sur le marché libre. En juin 1992, le CRTC ouvre la concurrence sur le marché de l'interurbain et en mai 1997, sur le marché du service local.

Quoi:

Cette caricature de Chapleau a été publiée dans le journal montréalais Le Devoir en 1993.

Où:

Les bureaux du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) se trouvent à Gatineau dans des édifices du gouvernement fédéral situés sur la Promenade du Portage.

Quand:

Cette caricature a été publiée après que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a rejeté une demande d'augmentation des tarifs d'abonnement de la compagnie Bell.

Qui:

Né en 1945 à Montréal, Serge Chapleau, caricaturiste, travaille successivement pour les journaux Montréal Matin, Le Devoir et La Presse. Il est lauréat de nombreux prix prestigieux venant souligner la qualité de son travail, le dernier en liste étant celui du meilleur caricaturiste au Concours canadien de journalisme.

BELL-24060
Cet artefact appartient à : © Bell Canada
Photographie
Central téléphonique à Sainte-Anne-de-Bellevue, QC, 1938
Sydney Jack Hayward
1938, 20e siècle
Collection historique Bell Canada
BELL-24060
Cet artefact appartient à : © Bell Canada

Clefs de l'histoire:

Derrière la technologie : des installations méconnues du public

Lorsqu'on pense au téléphone dans les villes, les poteaux et les fils attirent souvent l'attention. Or, le réseau téléphonique requiert une foule d'installations moins bien connues du public. Pensons aux immeubles qui abritent les équipements de commutation (les centraux téléphoniques) et aux bureaux administratifs qui, en plus de loger les milliers de travailleurs de bureau d'une grande entreprise, offrent des services à la clientèle. Jusqu'en 1904, les abonnés doivent se rendre en personne aux bureaux de la compagnie pour payer leur compte. À partir de cette date ils peuvent aussi payer leur facture auprès d'agents de l'entreprise qui se rendent à leur domicile.

Dès les années 1890, La Compagnie de Téléphone Bell du Canada est préoccupée par l'intégration harmonieuse de ses édifices dans les paysages des villes canadiennes où elle offre ses services. Plusieurs architectes créent des édifices imposants et d'autres plus modestes pour accueillir les activités de l'entreprise. Certains d'entre eux sont habilement dissimulés dans les quartiers résidentiels et déguisés en petites maisons. Il faut avoir l'oeil averti pour reconnaître les centraux de Bell !

Quoi:

Ce bâtiment aux allures de résidence privée loge un central téléphonique; considéré comme le coeur du système téléphonique, le central abrite les équipements de commutation.

Où:

Ce central se trouve dans un quartier résidentiel de Sainte-Anne-de-Bellevue, une petite ville de la périphérie montréalaise.

Quand:

Entre 1920 et 1930, Bell Canada ouvre dix nouveaux centraux téléphoniques à Montréal. Le central de Sainte-Anne-de-Bellevue est inauguré en 1938.

Qui:

L'architecte du bâtiment est F. J. Macnab. Architecte attitré de la compagnie Bell, Macnab est un des architectes qui a collaboré à la construction de l'imposant central de Bell, situé au 671 rue de La Gauchetière au centre-ville de Montréal.

VIEW-15469
© Musée McCord
Photographie
Hôtel Ritz Carleton, rue Sherbrooke, Montréal, QC, 1915
Wm. Notman & Son
1915, 20e siècle
Plaque sèche à la gélatine
20 x 25 cm
Achat de l'Associated Screen News Ltd.
VIEW-15469
© Musée McCord

Clefs de l'histoire:

Du local au global

Le 10 août 1876, le premier appel interurbain unidirectionnel est effectué par Alexander Graham Bell entre Brantford et le village de Paris en Ontario. Treize kilomètres séparent alors les deux localités. C'est une bien courte distance si on la compare à celle qui sépare les villes canadiennes entre elles.

Dès ses débuts, La Compagnie de Téléphone Bell du Canada s'est donné comme mission de connecter entre elles les villes du pays. Le 14 février 1916, un événement historique est souligné lors d'un banquet à l'hôtel Ritz Carlton à Montréal qui réunit des personnalités politiques et les dirigeants de Bell. La première communication téléphonique entre Montréal et Vancouver est établie. Long de 6 763 kilomètres, le circuit passe par Buffalo, Chicago, Omaha, Salt Lake City et Portland aux États-Unis.

Il faut attendre le 31 juillet 1932 pour pouvoir établir cette liaison d'un océan à l'autre en passant par des lignes téléphoniques entièrement canadiennes. Fruit de la collaboration entre plusieurs entreprises, le Réseau téléphonique transcanadien (RTT) est alors inauguré par le gouverneur général du Canada.

Quoi:

La transmission des communications interurbaines sur de très longues distances requiert d'importantes avancées technologiques pour contrer l'affaiblissement du signal vocal tout au long du fil téléphonique.

Où:

À Montréal, c'est à l'hôtel Ritz Carlton qu'on célèbre le premier coup de fil liant Montréal à Vancouver. Un immense portrait d'Alexander Graham Bell est affiché dans la salle où a lieu l'événement. À l'autre bout du fil, les dignitaires sont rassemblés au Globe Theater de Vancouver.

Quand:

En mai 1915, la première conversation téléphonique transcontinentale entre Montréal et San Francisco est célébrée. Moins d'un an plus tard, le 14 février 1916, le même exploit technologique est réalisé entre Montréal et Vancouver.

Qui:

Plusieurs scientifiques mettent au point des innovations technologiques qui permettent la transmission des appels sur de très longues distances, dont les Américains Michael Idvorsky Pupin (1858-1935) (la bobine de pupinisation) et Lee de Forest (1873-1961) (le tube à vide).

M996.21.1
Cet artefact appartient à : © Guelph Museums
Dessin
Poteaux de téléphone en bordure de la route
Vers 1890, 19e siècle
Encre sur papier
5.6 x 8.1 cm
M996.21.1
Cet artefact appartient à : © Guelph Museums

Clefs de l'histoire:

Le téléphone dans les milieux ruraux

Jusqu'à la fin des années 1940, plusieurs centaines de petites entreprises téléphoniques sont actives au pays. Par exemple au Québec, 284 réseaux téléphoniques sont inventoriés en 1943 . À l'extérieur des grandes villes du Canada central, les gens aussi réclament le téléphone. Grâce à l'intervention de quelques entrepreneurs téméraires, les petites localités et les régions éloignées sont dotées du service téléphonique. Dans les milieux ruraux, les médecins se font souvent installer des lignes téléphoniques reliant leur cabinet, la pharmacie et leurs patients . La mise en place de coopératives rurales, de réseaux municipaux ou encore d'entreprises publiques provinciales permet d'équiper les localités non desservies par les grandes entreprises comme Bell.

Dans un contexte de pénurie de matériaux ou de capitaux pour construire le réseau, plusieurs entreprises de téléphone offrent le service à ligne partagée (party lines). Ce système est particulièrement répandu dans les milieux ruraux à faible densité. Le principe est simple : la même ligne dessert plusieurs abonnés. Dans les campagnes, le développement des lignes partagées donne lieu à un véritable passe-temps où les abonnés d'une même ligne écoutent souvent les conversations des autres. Il est alors impossible de passer deux coups de fil en même temps, sans compter que les conversations confidentielles sont à éviter !

Quoi:

Ce dessin montre qu'au même titre que les arbres et les champs verdoyants, les poteaux de téléphone font désormais partie du paysage rural.

Où:

En raison de leur faible densité démographique, les régions rurales sont coûteuses à équiper. En 1900, chaque nouveau téléphone branché au réseau exige des investissements d'environ 150 dollars.

Quand:

En 1956, de nombreux ménages canadiens partagent encore les lignes téléphoniques. Plus de 42 p. 100 du total des lignes téléphoniques en service sont partagées . Nos grands-parents ont tous une histoire à raconter à ce sujet !

Qui:

Plusieurs coopératives et entreprises publiques sont établies pour desservir les régions éloignées.

BELL-34452
Cet artefact appartient à : © Bell Canada
Photographie
Le système de téléavertissement Bellboy, 1962
1962, 20e siècle
Collection historique Bell Canada
BELL-34452
Cet artefact appartient à : © Bell Canada

Clefs de l'histoire:

L'avenir des télécommunications

Dans la seconde moitié du 20e siècle, la téléphonie sans fil bouleverse les pratiques de communication en procurant aux usagers la mobilité. À l'ère de la communication personnelle, les téléphones ne sont plus attachés à des lieux mais, d'une certaine façon, à des individus. Plusieurs produits issus de la filière téléphonique font partie des technologies de communication mobile : radiotéléphones, téléavertisseurs, cellulaires, services de communication personnelle (SCP), blocs-notes, etc.

Les premiers essais de radiocommunication et de radiotéléphonie ont lieu aux États-Unis au début des années 1920. En 1947, Bell Canada offre le radiotéléphone mobile à Montréal et à Toronto. Cette technologie est limitée aux services d'urgence et à quelques groupes de professionnels tels que les représentants et les journalistes . Lancé au Canada en 1962, le système de téléavertisssement Bellboy rend accessibles les terminaux sans fil au grand public. En juillet 1985, Bell Canada lance son service téléphonique mobile cellulaire.

Aujourd'hui, avec le mariage d'Internet et des systèmes mobiles, l'ordinateur est également devenu un terminal nomade permettant d'accéder à de nombreuses données. Plus besoin de fil pour avoir accès à la voix, la musique, des documents textuels ou encore à des photographies et à des films.

Quoi:

Développé par les Laboratoires Bell aux États-Unis, le téléavertisseur Bellboy est un terminal qui prévient son utilisateur que quelqu'un tente de le joindre. Le client abonné au service reçoit un signal sonore de l'appareil et rappelle un centre de service qui lui transmet les coordonnées de son interlocuteur. Il est un des premiers produits à utiliser le transistor également inventé par les Laboratoires Bell en 1947.

Où:

Le Bellboy est assez petit pour être transporté dans la poche d'une veste ou d'un manteau.

Quand:

Le système de téléavertissement Bellboy est présenté au cours de l'exposition universelle Century 21 tenue à Seattle aux États-Unis en 1962. Il fait partie d'une panoplie de technologies d'avant-garde qui sont alors dévoilées au public : avion supersonique, appareil téléphonique à -clavier, téléphone sans fil.

Qui:

Même si les Canadiens disposent de réseaux performants et abordables de téléphonie mobile, ils sont peu équipés comparativement aux Européens. Ainsi, en 2002, le Canada affichait un taux de pénétration plus faible - 35 p. 100 - que celui de l'Italie (91 p. 100), la Finlande (83 p. 100), la Suède (82 p. 100), la Grande-Bretagne (80 p. 100), l'Espagne (78 p. 100) et la France (62 p. 100).

Conclusion:

Depuis plus de 125 ans, le développement des réseaux de télécommunication contribue à la transformation de la société canadienne. Toutefois, jusque dans les années 1930, la communauté des individus branchés au réseau téléphonique est sélective. Seuls les plus nantis et les entreprises disposent du service. Pour de nombreux ménages canadiens, la communication à distance demeure un luxe dont ils doivent se passer. Dans la seconde moitié du 20e siècle, les améliorations techniques, la convergence des technologies et la diminution du coût des abonnements concourent à la démocratisation du service.

La mise en place des réseaux de télécommunications au pays est une aventure complexe à laquelle participent plusieurs acteurs. Parmi ceux-ci, on retrouve les inventeurs et les scientifiques qui mettent au point des innovations technologiques, les entreprises qui planifient le développement des systèmes et intègrent les perfectionnements techniques, les travailleurs et travailleuses qui construisent les réseaux et assurent leur bonne marche, les représentants des pouvoirs publics qui veillent à l'encadrement des services offerts, en passant par les utilisateurs qui s'approprient et apprivoisent les nouveaux instruments de communication à distance.

Plus que jamais, les entreprises de télécommunications représentent une force économique au Canada. Avec les avancées technologiques en cours, de nouveaux bouleversements sont à prévoir.

Bibliographie sélective

Armstrong, Christopher et H. V. Nelles. Monopoly's Moment. The Organization and Regulation of Canadian Utilities, 1830-1930, Toronto, University of Toronto Press, 1988, 393 p.

Fischer, Claude S. America Calling. A Social History of the Telephone to 1940, Berkeley, CA, University of California Press, 1992, 424 p.

Martin, Michèle. Hello Central ? Gender, Technology, and Culture in the Formation of Telephone Systems, Montréal, McGill-Queen's University Press, 1991, 219 p.

Ogle, Emond B. Allô l'interurbain. L'histoire du Réseau téléphonique transcanadien, Toronto, Collins, 1978, 300 p.

Pike, Robert M. "Kingston Adopts the Telephone: The Social Diffusion of the Telephone in Urban Central Canada, 1976-1914", Urban History Review / Revue d'histoire urbaine, vol. 18, no 1, 1989, p. 32-47.

Poitras, Claire. La cité au bout du fil. (Le téléphone à Montréal de 1879 à 1930), Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 2000, 323 p.

Rens, Jean-Guy. L'empire invisible. Histoire des télécommunications au Canada, vol. 1 : De 1846 à 1956 (572 p.) et vol. 2 : De 1956 à nos jours (570 p.), Sainte-Foy, Presses de l'Université du Québec, 1993.

Sites Internet

Bell Canada Entreprises. " Une histoire riche en innovations "
http://www.bce.ca/fr/company/history/index.php

CBC Archives. "Canada Says Hello: The First Century of the Telephone"
http://archives.cbc.CA/IDD-1-75-1139/science_technology/telephones/

PBS. "The American Experience: The Telephone"
http://www.pbs.org/wgbh/amex/telephone/index.html

Radio-Canada Archives. "Le téléphone, d'un combiné à l'autre"
http://archives.radio-canada.ca/IDD-0-16-1240/sciences_technologies/telephone/


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