Brasser de grosses affaires : Le Canada, 1896-1919
Duncan McDowall, Université Carleton



À l'aube du XXe siècle, le Canada devient une nation industrielle moderne. Les magasins généraux, fonderies locales et fabriques à petite échelle du dernier siècle ont fait place aux grands magasins, aux hauts fourneaux et aux chaînes de montage. Une économie nationale intégrée s'installe à la grandeur du pays.

Le Canada demeure une nation commerçante. Après deux décennies de stagnation, la demande mondiale en matières premières et transformées s'accroît. Les fourrures et les produits de la pêche ont cédé le pas à d'autres produits d'exportation tels le blé, le papier journal, l'or, les produits chimiques, les tracteurs et les aliments traités. À l'instar d'autres économies du Nouveau Monde comme l'Australie, le Canada devient le grenier à blé de l'Europe. Entre 1896 et 1919, 3,5 millions d'immigrants arrivent pour labourer la terre et travailler dans les mines, les usines et les camps forestiers. La population grimpe à 8,3 millions d'habitants et les Canadiens, devenus consommateurs, achètent non seulement des biens de nécessité, mais aussi des produits de luxe comme des bonbons et des cigarettes.

Grâce aux tarifs destinés à bloquer les importations bon marché, les produits manufacturés canadiens augmentent en volume et en diversité. Les usines produisent dorénavant de l'aluminium, des automobiles et des textiles. Les investissements étrangers et la technologie accélèrent la production. Trois réseaux ferroviaires transcontinentaux s'étendent d'un océan à l'autre. Il en est ainsi des banques, des marchés boursiers et des réseaux télégraphiques. L'électricité favorise cette expansion, alimentant aussi bien les tramways que les ascenseurs.

La publicité, l'instruction et la recherche industrielle sont au service de l'entreprise moderne et stimulent la consommation. Les journaux font l'éloge des profits. À la tête de ce boum économique, des chefs d'industrie, fiers capitalistes, fournissent les capitaux et la technologie nécessaires aux nouvelles opérations commerciales et orchestrent les fusions d'entreprises existantes. Leurs somptueuses résidences montréalaises et torontoises reflètent leur contribution à la production de la richesse nationale. Pendant ce temps, les ouvriers s'entassent dans les villes industrielles et les faubourgs.

Quand la guerre éclate en 1914, le Canada mobilise ses industries. Les usines produisent cartouches et poudre à canon, farine et bacon à destination de l'Europe. La demande est telle que les femmes envahissent les ateliers. Au retour de la paix en 1918, le Canada, devenu une force industrielle, rêve de dominer le XXe siècle.